Le récent lancement annoncé par Atlas Marine d’une ligne maritime reliant le port d’Agadir au Maroc à celui de Dakar au Sénégal vise à redéfinir les routes commerciales en Afrique de l’Ouest. Conçue pour le transport de camions de marchandises et de passagers, cette ligne maritime contourne délibérément le corridor terrestre traversant la Mauritanie. En parallèle, le développement prochain du port de Dakhla Atlantique révèle une ambition marocaine claire de dominer le commerce régional, au détriment des pays voisins comme la Mauritanie.
Des objectifs marocains au détriment de l’équilibre régional
Cette initiative bénéficie du soutien actif des autorités marocaines et sénégalaises, ainsi que de la CGEM Souss Massa et divers acteurs institutionnels. Sous couvert d’améliorer l’efficacité logistique et de réduire les coûts de transport, le Maroc cherche avant tout à :
• Contrôler les flux commerciaux en Afrique de l’Ouest en imposant des routes maritimes directes.
• Éliminer la dépendance vis-à-vis des territoires voisins en créant des alternatives au transit terrestre traditionnel.
• Renforcer son influence économique régionale en monopolisant les échanges avec l’Afrique subsaharienne.
Ces ambitions mettent en lumière une stratégie marocaine agressive qui, sous prétexte de compétitivité, affaiblit les économies voisines en les écartant des principaux circuits de transit.
Le port de Dakhla Atlantique : Un levier pour asseoir la domination marocaine
Le port de Dakhla Atlantique, dont l’ouverture est prévue dans les prochaines années, accentue cette dynamique. En offrant des infrastructures modernes et des capacités de traitement élevées, le Maroc cherche à :
• Siphonner le commerce régional en proposant une alternative logistique maritime plus rapide.
• Centraliser le trafic maritime en détournant les opérateurs des ports de pays comme la Mauritanie.
• Limiter les opportunités économiques pour ses voisins, consolidant ainsi une position de force régionale.
Cette stratégie, bien que bénéfique pour le Maroc, crée un déséquilibre régional, marginalisant des partenaires comme la Mauritanie et sapant les efforts d’intégration économique régionale.
Mauritanie : Une position fragilisée par la stratégie marocaine
La Mauritanie, jusqu’à présent un carrefour logistique pour le commerce entre le Maroc et l’Afrique subsaharienne, se trouve directement menacée par ces initiatives marocaines. Le contournement systématique de son territoire entraîne plusieurs conséquences préoccupantes :
- Perte de revenus douaniers et portuaires
La nouvelle ligne maritime et le futur port de Dakhla Atlantique risquent de priver la Mauritanie de recettes vitales issues des droits de douane et des services portuaires.
2. Marginalisation des transporteurs locaux
Les transporteurs routiers mauritaniens pourraient voir leurs activités s’effondrer face à la montée en puissance des alternatives maritimes marocaines.
3. Affaiblissement stratégique
La Mauritanie risque de perdre son rôle central dans le commerce régional, conséquence directe d’une stratégie marocaine visant à dominer le commerce sans partage.
4. Injustice économique régionale
La démarche marocaine semble peu soucieuse des principes de coopération régionale, accentuant les disparités économiques au lieu de promouvoir un développement partagé.
Une stratégie marocaine au coût régional élevé
La nouvelle ligne Agadir-Dakar et le développement du port de Dakhla Atlantique illustrent une stratégie marocaine expansionniste, visant à imposer sa domination sur le commerce régional au détriment de pays voisins comme la Mauritanie. Ces projets risquent d’ébranler les économies locales, de détourner les flux commerciaux et de fragiliser la coopération régionale.
Pour répondre à ces défis, la Mauritanie doit entreprendre des réformes urgentes pour moderniser ses infrastructures, réduire les coûts de transit et renforcer ses partenariats avec d’autres acteurs régionaux. Elle doit également plaider pour une coopération économique équitable afin de contrer une stratégie marocaine qui, sous couvert de développement, menace l’équilibre économique en Afrique de l’Ouest.
Hafed Mohamed Mahmoud

