Le paradoxe d’un système bancaire verrouillé
Le système bancaire mauritanien présente un paradoxe : d’un côté des profits confortables, de l’autre une intermédiation financière atone. Le crédit au secteur privé ne représente qu’environ 22,5 % du PIB, tandis que les actifs bancaires atteignent 45,2 % du PIB. Le ratio crédits/dépôts plafonne à 76% (contre plus de 85 % dans des économies comparables) . Parallèlement, moins d’un Mauritanien sur quatre dispose d’un compte bancaire.
Selon un rapport du FMI relayé par le site mauritanien Aqlame, cette situation illustre un écart entre la rentabilité du secteur bancaire et son impact réel sur l’économie. Malgré des marges élevées, les banques n’ont ni élargi l’accès aux services financiers, ni significativement augmenté le volume de crédit, limitant ainsi leur contribution à la croissance.
Plusieurs facteurs expliquent ce constat. Le secteur reste dominé par des banques familiales aux prêts souvent orientés vers des entreprises liées, et souffre d’une gouvernance faible (privilégiant des intérêts particuliers). S’y ajoutent un déficit de confiance du public et des faiblesses structurelles : supervision bancaire encore insuffisante, absence de registre national du crédit et cadre juridique peu protecteur pour les créanciers . Ce contexte limite la portée des prêts notamment aux PME et freine la concurrence, un petit nombre d’établissements se partageant l’essentiel du marché .
Un vaste chantier de réformes est donc nécessaire. Il passe par la modernisation de la gouvernance bancaire, le renforcement de la supervision, l’interdiction des prêts aux entités liées, la mise en place d’un registre du crédit, ainsi qu’une ouverture accrue à la concurrence  . À noter que certaines banques bénéficient de lignes de crédit à taux préférentiels destinées aux PME, dont l’impact réel sur le financement de ces dernières reste à mieux documenter.
La refonte du système bancaire mauritanien est un impératif stratégique : c’est à ce prix que les banques pourront évoluer de simples « comptoirs privés » en de véritables leviers de l’émergence économique du pays.

