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    Après l’accord de dette, que peut obtenir Abdellahi Ould Souleymane au Koweït ?
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    La visite en cours au Koweït du ministre mauritanien de l’Économie et du Développement, Abdellahi Ould Souleymane, s’inscrit dans une séquence décisive des relations économiques entre Nouakchott et Koweït-City. Contrairement à certaines lectures simplificatrices, cette visite ne consacre pas l’exécution définitive de l’accord de règlement de la dette, mais ouvre une phase clé de suivi, de clarification et d’opérationnalisation d’un dossier longtemps resté en suspens.

    Le règlement de la dette koweïtienne constitue en effet l’un des chapitres les plus sensibles de l’histoire financière récente de la Mauritanie. Héritée de prêts et de dépôts contractés principalement dans les années 1980, cette dette a longtemps été qualifiée de « dette dormante », son principal et ses intérêts n’ayant pas été honorés pendant plusieurs décennies. En août 2021, les deux pays sont parvenus à un accord politique majeur prévoyant l’annulation de 95 % des intérêts accumulés, la conversion des 5 % restants en investissements, et le remboursement du principal sur une période de 20 ans, assortie d’une période de grâce de deux ans.

    Selon les données officiellement communiquées à l’époque, le principal concerné s’élève à 82,7 millions de dollars, tandis que les intérêts cumulés, selon des estimations concordantes relayées par la presse et des experts locaux, atteignaient entre 900 et 950 millions de dollars. L’accord permet ainsi d’effacer une charge potentielle de plusieurs centaines de millions de dollars, mais son impact réel sur les finances publiques demeure étroitement lié à sa mise en œuvre effective.

    C’est précisément sur ce terrain que se situe l’objet principal de la visite actuelle. La séance de travail élargie tenue avec le ministre koweïtien des Finances et de l’Investissement, en présence de l’Autorité générale de l’investissement, a été consacrée à l’examen des mécanismes de suivi de l’accord de règlement de la dette. Cette précision est essentielle : tant que les procédures techniques, juridiques et calendaires ne sont pas pleinement activées, la dette koweïtienne continue de peser, même de manière indirecte, sur les indicateurs de soutenabilité et sur la perception du risque souverain.

    Cette vigilance est d’autant plus nécessaire que la dette extérieure globale de la Mauritanie est estimée à plus de 5 milliards de dollars, soit un niveau qui a pu frôler 90 % du PIB selon certaines évaluations, tandis que le service de la dette absorbe près de 18 % des ressources budgétaires annuelles. Dans ce contexte, l’exécution effective de l’accord koweïtien représente un enjeu de crédibilité financière autant qu’un signal adressé aux autres bailleurs et investisseurs.

    Au-delà de la dette, la visite ouvre également la question des perspectives d’investissement koweïtien en Mauritanie. Les autorités mauritaniennes ont mis en avant le rôle stratégique que peuvent jouer ces investissements dans l’accompagnement des efforts de développement national. Toutefois, les échanges montrent clairement que ces investissements ne sont pas conçus comme une contrepartie automatique de l’accord de dette, mais comme une évolution graduelle, conditionnée à la qualité des projets proposés et à la solidité des cadres de gouvernance.

    La conversion de 5 % des intérêts en investissements représente, selon les ordres de grandeur évoqués lors de la conclusion de l’accord, plusieurs dizaines de millions de dollars susceptibles d’être orientés vers des projets structurants. Pour les partenaires koweïtiens, ces projets doivent répondre à des critères stricts de bancabilité, de traçabilité et d’impact économique mesurable. Pour la Mauritanie, l’enjeu est de démontrer sa capacité à transformer un allègement de dette en actifs productifs durables.

    La rencontre avec le directeur général du Fonds koweïtien pour le développement s’inscrit pleinement dans cette logique. Les discussions ont porté sur l’état du portefeuille des projets en cours, sur les priorités sectorielles et sur les capacités d’intervention du Fonds, qui demeure l’un des principaux bailleurs arabes de la Mauritanie. Le rappel des conclusions de la Table ronde de Vienne sur le développement, tenue en juin 2025, souligne la volonté de s’inscrire dans une démarche coordonnée et multilatérale.

    À cet égard, le lancement de travaux conjoints autour d’une plateforme numérique avancée de suivi des financements et des projets, en lien avec le Groupe de coordination arabe, constitue un signal important. Cette initiative vise à assurer un suivi en temps réel des engagements, à accélérer les délais d’exécution et à renforcer la transparence, répondant ainsi à une exigence devenue centrale dans les relations avec les bailleurs.

    En définitive, cette visite met en lumière le rôle déterminant d’Abdellahi Ould Souleymane, dont l’expérience et la connaissance approfondie des mécanismes financiers koweïtiens constituent un atout majeur pour la Mauritanie. Son parcours professionnel, marqué par de longues années passées au sein d’institutions financières arabes basées à Koweït-City, lui confère une maîtrise reconnue des procédures, des circuits de décision et des exigences des partenaires koweïtiens. Cette expertise renforce la crédibilité de la démarche mauritanienne et place le suivi de l’accord de règlement de la dette, ainsi que l’élargissement du partenariat économique, dans une perspective structurée, réaliste et orientée vers des résultats mesurables.

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