Le Premier ministre mauritanien, El Moctar Ould Djay, a présenté, jeudi 5 février 2026 à Dubaï, devant les participants au Sommet mondial des gouvernements (3–5 février), une vision globale de la transformation économique de la Mauritanie, inspirée de l’orientation stratégique du Président de la République, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani.
Intervenant dans le cadre d’un entretien et de panels consacrés aux trajectoires de développement, le chef du gouvernement a souligné que la Mauritanie dispose de ressources naturelles « exceptionnelles » et encore largement sous-exploitées. Dans le secteur minier, il a indiqué qu’environ 10 % seulement du territoire national a fait l’objet d’explorations, ce qui a déjà permis d’identifier près de mille indices miniers. Le pays exploite actuellement plusieurs ressources stratégiques, notamment le fer et l’or, tandis que l’uranium et le phosphate devraient entrer en phase d’exploitation dans un avenir proche, confirmant, selon lui, le potentiel minier considérable du pays.
S’agissant du secteur de la pêche, M. El Moctar Ould Djay a rappelé que la Mauritanie dispose d’un littoral d’environ 750 kilomètres, parmi les plus riches au monde en ressources halieutiques. La capacité de pêche durable est estimée à près de 1,8 million de tonnes par an, alors que les captures actuelles ne dépassent pas 600 000 tonnes. En agriculture, le potentiel de terres exploitables excède 500 000 hectares, mais seules 50 000 à 60 000 hectares sont actuellement mises en valeur.
Face à ce constat, le Premier ministre a expliqué que la nouvelle philosophie économique du gouvernement repose sur la transformation de ces opportunités en développement effectif et en création de valeur. Cette approche privilégie les partenariats avec le secteur privé, national et international, partant du principe que l’exploitation optimale des ressources ne peut être assurée que par l’investissement privé. Le rôle de l’État consiste ainsi à créer un environnement favorable, fondé sur la stabilité sécuritaire, des garanties juridiques solides, des infrastructures adaptées, une administration performante et des ressources humaines qualifiées.
Dans un contexte mondial marqué par les tensions sur les chaînes d’approvisionnement et les corridors logistiques, M. El Moctar Ould Djay a affirmé que la Mauritanie ambitionne de devenir non seulement un pays de transit, mais un véritable hub de production et de distribution reliant l’Afrique à l’Europe et aux Amériques. À cet effet, plusieurs projets structurants sont en cours, notamment le développement de ports en eau profonde à Nouadhibou, à N’Diago et à l’intérieur du pays vers la frontière malienne, ainsi que la réalisation de grands axes routiers régionaux. Il a notamment cité le pont de Rosso, reliant la Mauritanie au Sénégal, et la route Tindouf–Zouerate, destinée à connecter l’Algérie au réseau routier national, en complément des grands corridors existants vers Dakar et Casablanca.
Abordant la transformation numérique, le Premier ministre a insisté sur le fait que la digitalisation n’est plus un simple choix de développement, mais une nécessité stratégique et souveraine. Depuis 2019, un département ministériel dédié à la transformation numérique pilote la digitalisation de l’administration publique et de l’économie, afin de renforcer l’efficacité de l’État et d’accompagner le secteur privé. Il a souligné que la jeunesse constitue le pilier central de cette transformation et, plus largement, de l’ensemble des politiques publiques.
Sur le plan énergétique, M. El Moctar Ould Djay a mis en avant le potentiel exceptionnel du pays en énergies renouvelables. Outre l’exploitation du premier champ gazier mauritanien, lancée en janvier 2025 en partenariat avec le Sénégal, la Mauritanie dispose, selon lui, de capacités importantes en énergie solaire et éolienne, grâce à l’étendue de son territoire et à des conditions climatiques favorables. Des projets sont en cours pour développer ces ressources, renforcer les interconnexions régionales et positionner la Mauritanie comme un fournisseur d’énergie propre au service de l’industrialisation du continent africain, avec, à terme, des perspectives dans l’hydrogène vert.
Évoquant l’ouverture du pays à l’investissement étranger, le Premier ministre a rappelé que le Code des investissements et la loi relative aux partenariats public-privé ont été révisés récemment afin d’en renforcer l’attractivité. Ces réformes ont contribué à une hausse de l’investissement étranger estimée à environ 62 % entre 2022 et 2024. Il a précisé qu’en 2025, près d’une dizaine de partenariats économiques ont déjà été conclus ou sont en cours de finalisation, à la suite de la révision du cadre juridique des partenariats public-privé.
Reconnaissant les défis liés à la capacité d’exécution, M. El Moctar Ould Djay a estimé que la clé de la réussite réside dans une conviction centrale : le développement ne peut être réalisé sans le secteur privé. L’action publique doit, selon lui, se concentrer sur cinq piliers essentiels : la sécurité, la stabilité juridique, les infrastructures, les compétences humaines et une administration efficace.
En conclusion, le Premier ministre a déclaré que la Mauritanie se trouve à l’aube d’une phase historique, où ses atouts géographiques et ses ressources naturelles sont appelés à se transformer en leviers de croissance économique réelle. Il a exprimé l’ambition de voir le pays devenir un modèle africain de croissance intelligente et durable, au service du développement et du bien-être de sa population.







