En cours de réalisation à Tindouf, à la frontière entre l’Algérie et la Mauritanie, la zone franche portée par les deux pays s’inscrit dans une dynamique de structuration des corridors africains. Dans un continent où le commerce intra-africain ne dépasse pas 15 %, le projet vise à connecter le Maghreb aux marchés d’Afrique de l’Ouest et à transformer les infrastructures en flux économiques réels.
Lancé en 2024 sous l’impulsion des présidents Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani et Abdelmadjid Tebboune, le projet enregistre un avancement progressif, avec la mise en place d’infrastructures logistiques destinées à accueillir des activités d’entreposage, de transit et de distribution.
Au-delà de la coopération bilatérale, l’enjeu est continental. La zone franche de Tindouf s’inscrit dans une tentative de rééquilibrage des échanges africains, encore largement tournés vers l’extérieur. Elle pourrait constituer un point d’articulation entre l’Afrique du Nord et les économies sahéliennes et ouest-africaines, en facilitant la circulation des marchandises sur des corridors terrestres encore peu exploités.
Ce positionnement repose sur le développement d’infrastructures structurantes. La ligne ferroviaire Béchar–Tindouf–Gara Djebilet, longue d’environ 950 km, ainsi que les projets de connexion routière vers le nord mauritanien, visent à créer un environnement logistique capable de soutenir des flux commerciaux à plus grande échelle.
Pour la Mauritanie, l’enjeu est double. D’une part, améliorer l’accès à une offre industrielle régionale et réduire les coûts d’importation. D’autre part, capter une part des flux de transit vers l’Afrique de l’Ouest, dans un contexte où les échanges entre l’Algérie et la Mauritanie restent encore limités, estimés à moins de 200 millions de dollars par an.
La réussite du projet dépendra toutefois de sa capacité à générer des flux réels. La compétitivité des coûts logistiques, la fluidité des procédures douanières et l’implication du secteur privé seront déterminantes pour transformer cette infrastructure en véritable plateforme d’échanges.
À travers la zone franche de Tindouf, c’est une question plus large qui se pose : celle de la capacité du continent à structurer ses propres routes commerciales. Pour la Mauritanie comme pour l’Algérie, l’enjeu est désormais de passer de l’infrastructure à l’économie réelle.

