L’or, le cuivre et le fer placent le Guidimakha sur la nouvelle carte minière nationale, avec Sélibaby comme possible base logistique, administrative et économique.
Autour de Sélibaby, le Guidimakha voit se concentrer plusieurs projets miniers liés à l’or, au cuivre et au fer. Entre le permis de recherche attribué à SD Mining Mauritanie dans la zone de Sélibaby, le permis d’exploitation aurifère accordé à Ghabou, le projet cuivre-or de Diaguili et l’exploration aurifère de Wompou, la wilaya commence à s’affirmer comme l’un des nouveaux espaces à suivre dans le secteur minier mauritanien.
Cette dynamique ne signifie pas encore que le Guidimakha possède un bassin minier comparable à Tasiast ou à Akjoujt. Plusieurs projets demeurent au stade de l’exploration, où les échantillons, les anomalies géochimiques et les résultats historiques doivent être confirmés par des forages, des analyses de laboratoire, des estimations de ressources et des études de faisabilité. Mais l’accumulation de permis, d’investisseurs et de programmes de terrain donne déjà à Sélibaby une place stratégique.
Une région portée par les Mauritanides
Le principal facteur d’intérêt est géologique. Le Guidimakha appartient à l’environnement des Mauritanides, une vaste ceinture géologique qui traverse la Mauritanie et qui est connue pour son potentiel en métaux. C’est dans ce contexte que se situent les projets cuivre-or de Diaguili et aurifère de Wompou.
La présence de structures géologiques favorables, d’indices métallifères en surface et d’anomalies géochimiques encourage les opérateurs à investir dans la cartographie, l’échantillonnage et le forage. L’ANARPAM a d’ailleurs lancé dans le Guidimakha un programme de cartographie géologique à l’échelle de 1/50 000 ainsi qu’un programme de géochimie des sols, afin de mieux identifier les zones favorables à la recherche de ressources minières.
Cette démarche compte autant que les annonces de sociétés privées. Une cartographie plus précise permet d’identifier les roches, les failles, les contacts géologiques et les structures susceptibles de contrôler la circulation des fluides minéralisateurs ayant déposé l’or, le cuivre ou d’autres métaux. Les travaux publics de connaissance du sous-sol réduisent progressivement l’incertitude géologique et peuvent attirer davantage d’investisseurs.
Ghabou, le premier test industriel
Le projet de Ghabou est actuellement le plus avancé de la wilaya. Le 24 juin 2026, le Conseil des ministres a autorisé l’attribution à SD Mining Ghabou SA du permis d’exploitation minière d’or n°3849C2. L’entreprise a payé 26,75 millions MRU de droits et redevances selon les annonces liées au décret.
Le gouvernement a déclaré que l’exploitation devrait commencer dans les prochains mois et a évoqué un potentiel de 1 000 à 1 200 emplois directs et indirects. Si le démarrage se concrétise, Ghabou pourrait devenir le premier véritable moteur minier du Guidimakha et créer une demande locale en transport, restauration, hébergement, maintenance, sécurité, carburant, travaux de génie civil et main-d’œuvre.
Il reste toutefois indispensable de suivre les détails opérationnels : le calendrier de construction, le mode de traitement du minerai, la consommation d’eau, l’énergie, la gestion des résidus, les études environnementales et sociales, la part des emplois permanents et le recours réel aux fournisseurs locaux. Un permis d’exploitation est une étape décisive, mais la mine ne devient un actif économique régional qu’au moment où elle entre effectivement en production et crée des retombées mesurables.
Diaguili et Wompou élargissent le potentiel
À environ 36 kilomètres de Sélibaby, Diaguili place le cuivre sur la carte minière du Guidimakha. Zeus Resources a conclu un accord pour acquérir progressivement jusqu’à 100% de Sab Metals Mauritania SARL, titulaire du permis d’exploration n°2475B2. Le montant total potentiel de l’opération est de 2 millions USD, sur une période prévue de 24 mois.
La visite de diligence de Zeus a confirmé des oxydes de cuivre visibles en surface sur une tendance d’environ 1,07 kilomètre. L’entreprise a prélevé quatre échantillons pour analyse, mais les résultats n’étaient pas encore publiés au 10 septembre 2026. Des forages historiques ont livré des intersections intéressantes, dont 22,25 mètres à 2,1% de cuivre et 12,7 mètres à 2,94% de cuivre, sans que ces données constituent pour autant une ressource déclarée suivant les standards modernes.
Wompou renforce parallèlement le volet aurifère. RAMINVEST HOLDING a annoncé le 10 septembre 2026 la poursuite de son programme d’exploration aurifère sur le permis n°2265B2, qui couvre 446 km². La société indique avoir identifié six cibles prioritaires, T-01 à T-06, pour une première campagne de forage, après des résultats d’échantillonnage atteignant jusqu’à 50,14 g/t d’or.
RAMINVEST mentionne une corrélation or-arsenic de R=0,989
R=0,989, utilisée comme indicateur géochimique pour mieux orienter les travaux de recherche. Cette association est un signal utile pour cibler les zones à explorer, mais elle ne démontre ni une ressource, ni une réserve, ni la rentabilité d’une future mine. Seuls les forages, les analyses certifiées et l’évaluation de la continuité de la minéralisation permettront de franchir cette étape.
Sélibaby, base de services en devenir
La position de Sélibaby peut lui permettre de devenir le point d’appui des projets répartis dans la wilaya. Une mine ou une campagne de forage mobilise bien davantage que des géologues et des ingénieurs : elle nécessite du transport, des travaux routiers, des engins, du carburant, des communications, de l’hébergement, de la restauration, de la maintenance, de la sécurité et des services administratifs.
Pour que la ville bénéficie réellement de cette dynamique, plusieurs priorités se dégagent :
Préparer une formation professionnelle adaptée aux métiers miniers et para-miniers.
Faciliter l’accès des PME locales aux marchés de sous-traitance.
Anticiper les besoins en eau, électricité, routes, télécommunications et logements.
Clarifier les règles d’emploi local et assurer la transparence des recrutements.
Exiger un suivi environnemental et social accessible aux communautés concernées.
Mettre en place un dialogue régulier entre autorités, entreprises, élus, populations et organisations locales.
L’enjeu pour Sélibaby n’est pas seulement d’accueillir des bureaux ou des convois. La ville peut chercher à capter une part durable de la valeur ajoutée : entreprises locales compétitives, emplois qualifiés, compétences techniques, infrastructures utiles à d’autres secteurs et recettes publiques mieux orientées vers le développement régional.
Une ambition à confirmer par les faits
Le Guidimakha dispose désormais d’un portefeuille minier diversifié : recherche de fer et d’or autour de Sélibaby, exploitation aurifère autorisée à Ghabou, cuivre-or à Diaguili et exploration aurifère à Wompou. Ces projets placent la wilaya dans une phase nouvelle de visibilité minière.
Mais le passage du potentiel à la prospérité reste à accomplir. Ghabou doit entrer en production dans des conditions transparentes et durables. Diaguili doit confirmer ses résultats par de nouveaux forages et établir une ressource conforme aux normes internationales. Wompou doit démontrer que ses teneurs élevées se prolongent de manière continue et économiquement exploitable.
Sélibaby peut devenir la capitale minière du Sud mauritanien, non pas par les seules promesses de permis et d’échantillons, mais si cette dynamique se traduit par des mines viables, des emplois qualifiés, des entreprises locales intégrées, des infrastructures solides et une gestion rigoureuse de l’environnement.

