Le 15 octobre, la Commission nationale des hydrocarbures ouvrira les plis pour l’approvisionnement du pays en essence, kérosène, gasoil et fioul pendant six mois à compter du 3 décembre 2026. Depuis 2016, le fournisseur du marché mauritanien est le même : le trader suisse Addax Energy, filiale du groupe Oryx Energies. La question posée à Nouakchott, dans la presse comme dans l’opposition, est de savoir si cette nouvelle procédure peut aboutir à un autre résultat. Voici les éléments du dossier, tels qu’ils sont documentés.
Ce que prévoit l’appel d’offres
L’avis publié début septembre fixe les conditions d’accès : une expérience avérée dans l’approvisionnement en hydrocarbures, un chiffre d’affaires moyen d’au moins 4 milliards de dollars par an sur les trois derniers exercices, des états financiers certifiés par un cabinet international et une garantie de soumission d’un million de dollars. Les offres doivent être déposées le 15 octobre à 10 heures TU, selon deux modalités de livraison au choix, ITT ou DAP. Une procédure distincte sélectionne le transporteur chargé du cabotage entre Nouadhibou, où sont déchargées toutes les importations, et le dépôt de Nouakchott.
Pendant les six mois du contrat, aucune importation hors contrat ne sera autorisée, à l’exception de l’avitaillement en haute mer. Le lauréat sera donc le fournisseur unique du marché. L’avis ne précise ni les volumes attendus ni la valeur estimée du marché.
Dix ans d’attributions
Addax a remporté l’appel d’offres de décembre 2015 face à Sahara, Mercuria, BB Energy, Gunvor et Trafigura, puis celui de 2018 face à BB Energy, Sahara et Trafigura. En 2020, la procédure a été annulée par le gouvernement, qui jugeait les primes proposées trop élevées ; un contrat d’urgence de six mois a ensuite été conclu avec Addax. En janvier 2022, Addax a été classée moins-disante, mais la Commission a déclaré l’appel d’offres infructueux en février ; l’État a acheté deux cargaisons de gasoil auprès de BP et de Vitol à des primes de 140 à 150 dollars la tonne, puis a signé avec Addax un contrat de sept mois, suivi d’un marché de six mois de nouveau attribué à la société suisse.
En octobre 2023, Addax a obtenu un contrat de deux ans assorti de la construction d’un dépôt de 100 000 mètres cubes à Nouakchott, pour 36 millions de dollars. En octobre 2025, ce contrat a été prorogé de douze mois sans nouvel appel d’offres, contre une baisse de 14,09 dollars par mètre cube sur le gasoil et l’essence, présentée par un responsable de la SOMIR comme une économie de près de 6 milliards d’ouguiyas pour le Trésor. Ce contrat prorogé arrive à échéance début décembre.
Les contraintes de la transition
Le passage d’un fournisseur à un autre se heurte à des contraintes matérielles connues. Le cahier des charges du contrat actuel impose un stock de sécurité d’un mois de consommation nationale pour chaque produit, soit plus de 63 000 tonnes au total, dont près de 54 000 tonnes de gasoil. Ce stock est aujourd’hui détenu par le fournisseur en place dans les dépôts de Nouadhibou et de Nouakchott. En 2022, le changement de fournisseur supposait de gérer plus de 11 000 tonnes de produits impompables restés dans les bacs et les tuyauteries.
Le calendrier de la procédure laisse sept semaines entre l’ouverture des plis et la première livraison. La durée du marché, six mois, est la plus courte de la série : les contrats sont passés de deux ans à un an, puis à six mois, sans que l’attributaire change. Les capacités de stockage de la capitale, estimées à 60 000 mètres cubes, doivent être portées à 123 000 mètres cubes avec le dépôt confié à Addax en 2023, dont la construction était toujours en cours au printemps 2026.
Le groupe Oryx Energies, maison mère d’Addax, exploite par ailleurs depuis 2014 un terminal de plus de 220 000 mètres cubes à Las Palmas, aux Canaries, sur la route maritime entre l’Europe et l’Afrique de l’Ouest.
Ces contraintes pèsent sur tout nouvel entrant ; elles ne s’appliquent pas au fournisseur déjà en place.
Un débat ouvert
La continuité d’Addax fait l’objet de lectures opposées. Dès août 2023, Alakhbar écrivait que le dossier d’appel d’offres avait été préparé « sur mesure » pour la société. En mars et avril 2026, le journaliste Haiba Cheikh Sidaty a relevé qu’aucun autre opérateur ne s’était maintenu de façon comparable depuis 2002 et que le projet de réserves stratégiques lancé en 2023 avait été intégré au contrat du même fournisseur. L’opposition a dénoncé la prorogation de 2025 accordée sans mise en concurrence. Du côté de l’exécutif, le président du parti Sawab, Abdessalam Ould Horma, a rapporté que le chef de l’État avait expliqué à l’opposition que le choix d’Addax était « imposé » par la faiblesse du stockage à Nouakchott, la société disposant de dépôts proches à Las Palmas. La Commission nationale des hydrocarbures, pour sa part, n’a pas commenté publiquement la place d’Addax dans le marché et l’avis d’appel d’offres ne mentionne aucun opérateur.
Ce que dira le 15 octobre
L’appel d’offres n’exclut aucun des grands négociants qui ont concouru par le passé. Il intervient dans un contexte où le fournisseur sortant détient les stocks, connaît les installations et a remporté ou récupéré chaque marché depuis dix ans. Le nombre d’offres déposées, l’identité des soumissionnaires et l’écart entre leurs primes constitueront les premières données objectives sur l’état réel de la concurrence. La décision de la Commission, attendue après le 15 octobre, dira si la formalité est le bon mot ou non. À ce stade, personne ne peut le dire à sa place.

