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    BAD 2025 : Mauritanie, Sénégal, Zambie, Tchad, et Afrique du Sud en quête de majorité
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    Présidence de la BAD 2025 : alliances régionales et soutiens diplomatiques en campagne

    L’élection du prochain président de la Banque africaine de développement (BAD), prévue le 29 mai 2025, s’annonce particulièrement disputée. Cinq candidats sont en lice et chacun déploie une intense campagne diplomatique pour rallier les 81 pays membres votants, entre mobilisations régionales et recherches de soutiens stratégiques auprès des grands actionnaires. À ce stade, aucun favori ne se détache clairement, et la configuration reste fluide.

    Sidi Ould Tah (Mauritanie)

    Candidat de la Mauritanie, Sidi Ould Tah bénéficie d’un socle d’appuis élargi. En l’absence de concurrent d’Afrique du Nord, il pourrait capter l’essentiel des voix de cette région. Il est également soutenu par plusieurs pays du Golfe (Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Koweït) membres de la BAD. Sur le continent, la Côte d’Ivoire et le Bénin ont annoncé leur appui, avec un parrainage direct du président ivoirien. Nouakchott a mis en place une campagne structurée, mobilisant sa diplomatie au plus haut niveau. Sidi Ould Tah cherche désormais à obtenir l’adhésion de pays influents comme le Nigeria, dont le soutien serait décisif pour élargir sa coalition.

    Amadou Hott (Sénégal)

    Ancien ministre de l’Économie du Sénégal et ancien vice-président de la BAD, Amadou Hott mise sur sa connaissance approfondie de l’institution et son réseau international. Il est soutenu par le Gabon et par des figures du secteur privé africain. Toutefois, il peine à rallier l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest. Le principe non écrit de rotation régionale joue contre lui après deux mandats successifs confiés à un président ouest-africain. De plus, l’absence d’appui explicite de poids lourds comme le Nigeria ou la Côte d’Ivoire fragilise sa position. Il reste actif sur le plan diplomatique, mais sa campagne semble en phase de consolidation.

    Samuel Munzele Maimbo (Zambie)

    Le candidat zambien, cadre supérieur à la Banque mondiale, a reçu le soutien officiel de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) et du COMESA. Il dispose ainsi d’une base régionale large, englobant l’Afrique australe et orientale. Son profil technocratique séduit également de nombreux actionnaires non africains, notamment anglophones. Il incarne une option de changement, soutenue par le principe d’alternance géographique. Toutefois, la candidature concurrente de Swazi Tshabalala, issue du même espace régional, affaiblit cette cohésion. Maimbo reste néanmoins considéré comme l’un des candidats les mieux placés à ce stade.

    Bajabulile Swazi Tshabalala (Afrique du Sud)

    Seule femme en lice, Bajabulile Tshabalala bénéficie du soutien affirmé de l’Afrique du Sud. Son expérience à la direction financière de la BAD et sa proximité avec les cercles de gouvernance de l’institution constituent ses principaux atouts. Elle met également en avant l’enjeu de parité au sommet de la Banque. Néanmoins, sa candidature est fragilisée par l’absence de consensus au sein de la SADC, qui avait officiellement investi le candidat zambien. Elle devra convaincre au-delà de sa région pour rester dans la course, ce qui s’annonce difficile dans un contexte de dispersion des voix au sein même de l’Afrique australe.

    Abbas Mahamat Tolli (Tchad)

    Candidat unique de l’Afrique centrale, Abbas Mahamat Tolli s’appuie sur le soutien collectif des pays de la CEMAC et de la CEEAC. Ancien gouverneur de banque centrale, il fait valoir la nécessité d’une rotation au profit d’une région historiquement absente de la présidence de la BAD. Cependant, le poids limité de l’Afrique centrale dans le capital de la Banque et la faible visibilité internationale de sa campagne rendent son positionnement incertain. Pour espérer progresser, il devra élargir son audience au-delà de sa base régionale.

    Une élection sous haute tension diplomatique

    L’issue du scrutin dépendra largement de l’alignement des grands actionnaires : Nigeria, États-Unis, France, Afrique du Sud, Japon ou encore Égypte. Aucun candidat ne peut espérer l’emporter sans rallier une majorité parmi ces pays clés. La fluidité actuelle des alliances laisse la porte ouverte à des désistements ou à la formation de coalitions à l’approche du vote. Dans ce contexte, les efforts diplomatiques intensifiés, les réseaux personnels et les logiques de compromis joueront un rôle déterminant. Le suspense reste entier à six semaines de cette élection stratégique pour l’avenir du développement en Afrique.

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