𝐂𝐫𝐢𝐬𝐞 𝐝𝐞 𝐥’𝐞𝐚𝐮 𝐚̀ 𝐍𝐨𝐮𝐚𝐤𝐜𝐡𝐨𝐭𝐭 – 𝐞𝐧𝐭𝐫𝐞 𝐡𝐞́𝐫𝐢𝐭𝐚𝐠𝐞 𝐭𝐞𝐜𝐡𝐧𝐢𝐪𝐮𝐞, 𝐚𝐭𝐭𝐚𝐪𝐮𝐞𝐬 𝐦𝐞́𝐝𝐢𝐚𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞𝐬 𝐞𝐭 𝐫𝐢𝐯𝐚𝐥𝐢𝐭𝐞́𝐬 𝐩𝐨𝐥𝐢𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞𝐬
La capitale mauritanienne Nouakchott traverse une pénurie d’eau sans précédent. Au cœur de la tourmente se trouve la ministre de l’Hydraulique et de l’Assainissement, Amal Mint Maouloud, pointée du doigt par l’opinion. Est-elle la victime expiatoire d’un mal ancien ou porte-t-elle la responsabilité de la crise ? Un examen s’impose des racines techniques du problème, des réponses apportées sous son mandat et du jeu politique qui s’est cristallisé autour de sa personne.
𝐇𝐞́𝐫𝐢𝐭𝐚𝐠𝐞 𝐭𝐞𝐜𝐡𝐧𝐢𝐪𝐮𝐞 : 𝐫𝐞𝐭𝐚𝐫𝐝𝐬 𝐞𝐭 𝐭𝐮𝐫𝐛𝐢𝐝𝐢𝐭𝐞́
La crise actuelle puise d’abord ses causes dans des faiblesses structurelles. Le principal système d’approvisionnement, Aftout Essahli, fonctionnait déjà à la limite de sa capacité. Son extension et la réhabilitation de ses installations ont pris du retard, alors que la conception technique du projet d’extension aurait dû être achevée avant 2020. En parallèle, un phénomène exceptionnel d’envasement a frappé le fleuve Sénégal qui alimente la ville : les crues intenses ont fortement augmenté la turbidité de l’eau brute, jusqu’à un niveau inédit (≈2400 NTU). Les filtres colmatés ont fait chuter la production de moitié, d’environ 130 000 à 70 000 m³ par jour. Ce choc révèle la vulnérabilité d’un réseau vieillissant face aux aléas climatiques, lesquels exacerbent les variations saisonnières de qualité de l’eau.
𝐑𝐞́𝐩𝐨𝐧𝐬𝐞 𝐝’𝐮𝐫𝐠𝐞𝐧𝐜𝐞 𝐬𝐨𝐮𝐬 𝐌𝐢𝐧𝐭 𝐌𝐚𝐨𝐮𝐥𝐨𝐮𝐝
Confrontée à l’urgence, la ministre Amal Mint Maouloud a piloté des mesures techniques rapides. Une nouvelle station de traitement du limon à Beni Naaji a été mise en service expresse : quatre unités sur six y étaient déjà opérationnelles début août, permettant de réduire drastiquement le taux de sédiments et de rétablir environ 75 % de la capacité normale de production. Parallèlement, des travaux de maintenance et le renforcement du pompage ont hissé temporairement la production de Nouakchott de 170 000 à près de 195 000 m³ par jour. La ministre a également mis l’accent sur la diversification des sources, lançant des projets de dessalement d’eau de mer pour accroître l’approvisionnement à moyen terme. Ces efforts ont commencé à porter leurs fruits, la responsable assurant récemment entrevoir une résolution proche de la crise grâce aux premiers résultats encourageants.
𝐉𝐞𝐮 𝐩𝐨𝐥𝐢𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐞𝐭 𝐟𝐨𝐜𝐚𝐥𝐢𝐬𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐬𝐮𝐫 𝐥𝐚 𝐦𝐢𝐧𝐢𝐬𝐭𝐫𝐞
Malgré ces actions, la crise de l’eau a rapidement pris une tournure politique et médiatique. Depuis plus de deux semaines sans eau, l’opposition a trouvé dans Mme Mint Maouloud la coupable idéale : sit-in de députés devant le ministère, dénonciation d’une « passivité inacceptable » et demandes en chœur de sa démission immédiate ont rythmé l’actualité. Des manifestations de rue ont suivi, des citoyens en colère bloquant l’accès à la société des eaux et scandant des slogans pour réclamer des comptes. Dans ce contexte explosif, la ministre est « au cœur de la tempête » et « sous le feu des critiques », cristallisant à elle seule le mécontentement lié aux défaillances du secteur. Certains observateurs y voient l’effet de rivalités internes : considérée comme proche du Premier ministre, Amal Mint Maouloud aurait attiré des tensions au sein du pouvoir, facilitant sa mise en cause publique.
En définitive, la polémique survient dans un contexte de remaniement ministériel potentiel, où chaque crise devient un levier pour fragiliser ou repositionner certains membres du gouvernement.

