Le gouvernement mauritanien affirme que la nouvelle tarification de l’eau protège les consommations de base. Dans sa communication, il insiste sur le maintien des prix des deux premières tranches : 9,9 MRU/m³ et 28,3 MRU/m³.
Mais cette présentation ne dit pas toute la vérité. Le prix du mètre cube n’est qu’une partie du calcul. L’autre élément essentiel, ce sont les seuils de consommation. Et c’est précisément là que la hausse apparaît.
Avant, le tarif le plus bas s’appliquait jusqu’à 19 m³ sur deux mois. Avec la nouvelle grille, il ne s’applique plus que jusqu’à 14 m³. Cela veut dire que 5 m³ qui étaient auparavant facturés au tarif social passent désormais dans une tranche plus chère.
Le gouvernement peut donc dire que le prix de 9,9 MRU/m³ n’a pas changé. Mais la quantité d’eau couverte par ce prix a diminué. C’est une hausse indirecte, mais bien réelle.
Le nouveau seuil social de 14 m³ représente 14 000 litres sur deux mois, soit environ 233 litres par jour pour tout un foyer. Pour un ménage de 6 personnes, cela représente moins de 40 litres par personne et par jour.
Selon le RGPH 2023, un ménage mauritanien compte en moyenne 6 personnes. En retenant 75 litres par jour et par personne (niveau médian de la fourchette de consommation d’eau retenue par les Nations unies pour les besoins domestiques), ce ménage consommerait environ 450 litres par jour, soit 27 m³ sur deux mois.
Ce niveau dépasse largement le nouveau seuil social de 14 m³ et se rapproche du seuil de 30 m³, à partir duquel la facture devient plus lourde. Autrement dit, un ménage ordinaire peut sortir rapidement du tarif social sans être un gros consommateur.
Dans le contexte mauritanien, où les familles sont nombreuses et où plusieurs ménages peuvent partager un même compteur, atteindre 30 m³ sur deux mois n’est pas forcément une consommation de luxe.
La hausse devient encore plus visible au-delà de 30 m³. La nouvelle grille fixe le tarif à 45 MRU/m³ entre 30 et 50 m³, puis à 75 MRU/m³ au-delà de 50 m³. Ces tarifs vont alourdir fortement les factures des abonnés qui dépassent ces seuils.
À consommation identique, l’écart est important. Pour 60 m³ sur deux mois, la part consommation passerait d’environ 1 593 MRU TTC avec l’ancienne grille à près de 2 600 MRU TTC avec la nouvelle. Pour 100 m³, elle passerait d’environ 3 296 MRU TTC à plus de 6 000 MRU TTC.
La baisse du frais fixe de 20 MRU par mois ne change pas l’équation économique de la réforme. Elle permet de présenter la nouvelle grille comme sociale, mais son impact reste dérisoire face au recul du tarif social et à la forte hausse des tranches supérieures.
La hausse est donc réelle. Elle se manifeste de deux manières : d’abord par la réduction du volume bénéficiant du tarif le plus bas, ensuite par l’augmentation des prix appliqués au-delà de 30 m³ et de 50 m³.
Le problème est aussi celui de la transparence. Le gouvernement n’a pas publié le nombre d’abonnés concernés par chaque tranche. Combien de ménages consomment moins de 14 m³ ? Combien dépassent 30 m³ ? Combien franchissent 50 m³ ? Ces chiffres sont indispensables pour mesurer l’impact réel sur les familles.
En mettant l’accent sur les prix qui ne changent pas, la communication officielle a laissé au second plan ce qui augmente réellement. C’est cette présentation partielle qui donne l’impression d’une tentative de camoufler la hausse aux citoyens.
La question n’est donc plus de savoir si l’eau a augmenté. La comparaison entre l’ancienne et la nouvelle grille montre que l’augmentation est bien là. La vraie question est de savoir combien de ménages, notamment dans la classe moyenne, vont la ressentir sur leur prochaine facture.


