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    ENTRE IMPERATIF DE SERVICE PUBLIC ET ASPHIXIE FINANCIERE :DIAGONOSTIC DE LA SOLVABILITE DE LA SONELEC ET PISTES DE RESTRUCTURATION
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    1. INTRODUCTION , HISTORIQUE ET CONTEXTE SOCIO-ÉCONOMIQUE

    Ancre centrale du développement socio-économique et garant de la souveraineté énergétique enMauritanie, la Société Mauritanienne d’Électricité (SOMELEC) occupe une position éminemment stratégique. Née des mutations institutionnelles du secteur public de l’eau et de l’électricité (notamment la scission en 2001 de l’ancienne SONELEC pour séparer la gestion de l’eau de celle de l’électricité), la SOMELEC a été investie d’un mandat historique majeur : étendre l’électrification nationale, moderniser les infrastructures urbaines et accompagner l’essor économique du pays. En tant qu’entreprise publique nationale, sa mission va bien au-delà de la simple rentabilité commerciale : elle porte la responsabilité d’assurer un accès universel, équitable et continu à une énergie fiable, condition sine qua non pour la santé publique, l’approvisionnement en eau potable, la compétitivité industrielle et l’amélioration des conditions de vie des ménages.

    Cependant, le parcours historique de la SOMELEC est marqué par une accumulation de contraintes structurelles qui ont progressivement fragilisé ses équilibres de gestion. Historiquement confrontée à des investissements lourds de capital (CAPEX) pour couvrir un territoire vaste, l’entreprise s’est heurtée à une équation économique complexe : maintenir des tarifs à vocation sociale tout en subissant les fluctuations des cours mondiaux des combustibles fossiles nécessaires à ses centrales thermiques. Au fil des deux dernières décennies, la récurrence des impayés — accumulés tant par les ménages et le secteur privé que par les institutions publiques et collectivités locales —, combinée à des taux élevés de pertes techniques et commerciales (fraude et vétusté du réseau), a généré un déficit d’exploitation chronique et une détérioration continue de son besoin en fonds de roulement (BFR).

    Cette trajectoire historique a débouché sur une dépendance systémique vis-à-vis du secteur bancaire local pour financer la trésorerie courante. Faute d’autofinancement et face aux retards de versement des subventions de compensation, la SOMELEC s’est enfermée dans l’usage massif de découverts de caisse et de crédits à court terme. Ce recours permanent a engendré un fardeau bancaire asphyxiant : l’accumulation des agios, des intérêts de retard et des commissions d’engagement absorbe aujourd’hui une part disproportionnée des recettes recouvrées, créant un effet de « boule de neige » qui neutralise la solvabilité de l’entreprise.

    Les conséquences stratégiques de cette contrainte financière historique sont directes : l’assèchement de la liquidité a restreint la capacité de la société à financer la maintenance préventive et le renouvellement de ses actifs industriels. La vulnérabilité du réseau s’est matérialisée de manière frappante lors des récents incidents majeurs subis par les postes et centrales de Nouakchott. Ces avaries et black-outs à répétition illustrent comment la dégradation historique du bilan financier entrave la résilience technique, paralysant l’économie locale et pénalisant les populations.

    2. L’IMPACT STRATÉGIQUE ET ÉCONOMIQUE DES INCIDENTS DE NOUAKCHOTT

    Les récents incidents majeurs survenus sur le réseau et les infrastructures de distribution de Nouakchott (notamment les avaries critiques au niveau des postes et sous-stations stratégiques Est et Ouest) illustrent les conséquences directes d’une trésorerie sous tension :

    ➢ Paralyse du Tissu Économique Local : La rupture soudaine de l’alimentation électrique affecte le secteur informel, la conservation des denrées alimentaires, le commerce et les PME/PMI, entraînant des pertes sèches de revenus pour les acteurs économiques.

    ➢ Double Peine Financière pour l’Entreprise : Durant les périodes d’arrêt, la SOMELEC subit un manque à gagner immédiat dû à l’énergie non distribuée (et donc non facturée), tout en devant engager des dépenses d’urgence imprévues pour la remise en état du matériel endommagé.

    ➢ Cercle Vicieux de la Maintenance : L’absorption des liquidités par le service de la dette bancaire contraint l’entreprise à retarder les opérations de maintenance préventive. Ces retards accroissent la fréquence des sinistres majeurs, imposant de nouveaux recours à des découverts de caisse bancaires très coûteux pour gérer les urgences.

    3. PLAN STRATÉGIQUE ET FINANCIER DE RESTAURATION DE LA SOLVABILITÉ

    Pour sortir la SOMELEC de l’engrenage de l’endettement à court terme et restaurer durablement sa solvabilité, la mise en œuvre d’un plan de redressement global articulé autour de quatre axes stratégiques complémentaires est indispensable.

    Axe 1 : Restructuration et Assainissement du Portefeuille de Dette BancaireLa priorité financière absolue consiste à interrompre le prélèvement continu de surcharges bancaires (agios, pénalités de retard, commissions) qui absorbe la liquidité de l’entreprise.

    ➢ Reconversion des Découverts en Dette à Long Terme (Refinancement) :

    ➢ Négocier avec la pool bancaire partenaire, sous le patronage du Ministère des Finances, la consolidation des découverts de caisse et crédits de campagne à court terme en un prêt syndiqué à long terme (7 à 10 ans), assorti d’un taux d’intérêt concessionnel et d’un différé d’amortissement en capital de 24 mois.

    ➢ Annulation ou Rachat des Frais et Agios Léoniens :

    ➢ Procéder à un audit bancaire contradictoire pour recalculer les agios et commissions prélevés lors des crises de liquidité antérieures, en vue d’obtenir l’abandon ou le rééchelonnement des pénalités financières excessives.

    ➢ Mise en Place d’une Garantie Souveraine d’État : Adosser les futures lignes de crédit et lettres de crédit (LC) dédiées aux approvisionnements en combustible à une garantie explicite de l’État. Cela permettra de réduire les exigences de couverture bancaire, de supprimer les commissions d’engagement majorées et d’abaisser significativement les coûts de financement du besoin en fonds de roulement (BFR).

    Axe 2 : Titrisation des Créances et Optimisation Stratégique du RecouvrementLe rétablissement des flux de trésorerie entrants constitue le pilier fondamental de l’autonomie financière de l’entreprise.

    ➢ Apurement des Créances du Secteur Public : Mettre en place un mécanisme tripartite de compensation de dettes croisées entre l’État, les établissements publics et la SOMELEC. Pour les créances publiques restantes, émettre des bons du Trésor spécifiques ou procéder à la titrisation de ces créances afin de fournir à la SOMELEC un actif négociable auprès des institutions financières.

    ➢ Généralisation du Comptage Intelligent et du Précalcul : Déployer massivement des compteurs à prépaiement pour l’ensemble des abonnés résidentiels et commerciaux afin d’éliminer le risque d’impayé futur et de réduire les coûts opérationnels de relève de factures.

    ➢ Lutte Contre les Pertes Non Techniques : Automatiser la détection des anomalies sur le réseau de distribution à Nouakchott pour réduire le taux de fraude et de piquages illicites.

    Axe 3 : Réforme de la Politique Tarifaire et Sécurisation des SubventionsLe modèle d’exploitation de la SOMELEC doit garantir la couverture intégrale de ses coûts d’exploitation sans compromettre son rôle d’inclusion sociale.

    ➢ Sincérité Tarifaire et Contrat-Plan avec l’État : Établir un contrat-plan pluriannuel précisant la structure des coûts réels de production et de distribution. Si l’État opte pour un tarif social inférieur au coût de revient marginal pour protéger les ménages vulnérables, la différence doit faire l’objet d’un versement automatisé et mensualisé de la subvention de compensation.

    ➢ Indexation Ajustée sur le Prix des Combustibles : Introduire un mécanisme dynamique de régulation tarifaire pour les grands comptes industriels et tertiaires, indexé sur les cours internationaux des combustibles, afin d’éviter la formation de déficits d’exploitation imprévus.

    Axe 4 : Sanctuarisation des Budgets de Maintenance et Résilience des CentralesLa solvabilité financière dépend directement de la continuité opérationnelle : prévenir les pannes évite les dépenses d’urgence dévastatrices pour la trésorerie.

    ➢ Création d’un Compte Séquestre « Maintenance & Renouvellement » : Dédier un pourcentage fixe (ex. 8 à 10%) des factures recouvrées à un fonds bloqué, exclusivement affecté à la maintenance préventive des sous-stations et centrales de Nouakchott (sites Est et Ouest).

    ➢ Modernisation et Redondance des Infrastructures de la Capitale : Investir en priorité dans la sécurisation des postes de transformation stratégiques de Nouakchott pour prévenir les incendies et surcharges, éliminant ainsi les pertes sèches de chiffre d’affaires liées aux black-outs majeurs.


    Jemaldine Med EL-MAMY Consultant Economiste

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