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    SOMELEC : marché défaillant, câble non conforme et mise sous tension malgré des réserves
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    Le rapport de la commission indépendante sur les incendies des postes électriques de Nouakchott met en évidence une chaîne de défaillances techniques et de contrôle ayant précédé directement les deux sinistres, depuis la préparation du marché jusqu’à la mise sous charge des nouvelles liaisons.

    Selon les conclusions présentées par le président de la commission, Ousmane Kane, les deux incendies sont liés aux trois nouvelles liaisons électriques installées dans le cadre du projet. Les analyses des experts, notamment celles d’un spécialiste des incendies, situent le départ des deux sinistres au niveau des cellules auxquelles étaient raccordés les câbles posés par CTM Bâtiment.

    Le premier incendie est intervenu au poste Est six jours après la mise en charge de la liaison concernée. Au poste Nord, le sinistre s’est produit deux jours seulement après la mise en service de la nouvelle liaison.

    L’enquête retrace plusieurs défaillances en amont. Le projet a été lancé sans ingénieur-conseil dès sa conception, alors qu’il s’agissait d’une infrastructure stratégique. Le délai imposé dans l’appel d’offres, environ quatre mois, est également jugé irréaliste : selon les experts consultés, dix à douze mois au minimum auraient été nécessaires. Dix-neuf mois après le lancement, le projet n’était toujours pas réceptionné.

    La commission relève également des dysfonctionnements dans la sélection de l’entreprise. Trois offres seulement avaient été reçues et, selon les experts des organes de contrôle consultés par la commission, CTM Bâtiment n’aurait pas dû être qualifiée et aurait dû être écartée dès l’examen des offres.

    Le dossier des câbles constitue l’un des points centraux de l’enquête. Peu après l’attribution du marché, l’entreprise a demandé à changer de fabricant. La SOMELEC avait donné son accord de principe, mais sous réserve de recevoir au préalable les essais de type et les caractéristiques du nouveau câble avant toute commande.

    Selon Ousmane Kane, ces éléments n’ont jamais été fournis pour le câble de 630 mm² finalement installé. Aucun avenant n’a par ailleurs été conclu pour formaliser ce changement. La commission souligne ainsi qu’elle n’a pas pu établir précisément les caractéristiques du câble posé. Ousmane Kane a toutefois précisé que la commission ne concluait pas que le câble était, à lui seul, la cause des incendies.

    La pose a ensuite été effectuée en l’absence de l’ingénieur-conseil. Le suivi a été confié à la direction centrale de la distribution de la SOMELEC, déjà mobilisée par l’exploitation quotidienne du réseau. Lorsque l’ingénieur-conseil est finalement intervenu, les câbles étaient déjà posés et enterrés.

    Après plusieurs essais, celui-ci a relevé des anomalies. Il a néanmoins autorisé une mise sous tension à vide, décision elle-même critiquée par les experts de la commission. Les liaisons ont ensuite été mises sous charge malgré son avis, sous la pression des besoins en alimentation électrique de Nouakchott.

    Pour la commission, cette succession d’événements constitue le cœur du dossier : préparation insuffisante, entreprise dont la qualification est contestée, modification du câble sans validation complète, absence de suivi pendant la pose, anomalies techniques puis mise sous charge malgré les réserves.

    L’enquête va au-delà du seul accident. Elle décrit également une SOMELEC « très faible » institutionnellement, confrontée à un déficit de procédures, de ressources humaines et de capacités techniques internes. La commission recommande notamment une assistance technique approfondie, une réorganisation de l’entreprise et estime qu’il serait prudent de mettre fin aux autres contrats concernés avec CTM Bâtiment, dans le respect des engagements contractuels de l’État.

    Le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani a ordonné la mise en œuvre des recommandations du rapport et sa publication.

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