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    Pêche en Mauritanie : Le baptême du feu d’Aïssata Lam
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    La nomination d’Aïssata Lam à la tête du super-ministère de la Pêche et des Infrastructures maritimes secoue le secteur. Connue pour son leadership économique, la nouvelle ministre hérite d’un secteur stratégique en pleine crise, asphyxié par la surpêche et des accords internationaux contestés. Le temps des réformes cosmétiques est révolu : voici le chantier titanesque qui l’attend.

    C’est un secret de polichinelle : la gestion de l’or bleu mauritanien est à un tournant critique. En plaçant Aïssata Lam à la barre, le pouvoir envoie un signal fort de modernisation. Mais la lune de miel sera de courte durée. Sur son bureau, les dossiers brûlants s’accumulent déjà, et le secteur exige des réponses immédiates.

    1. Le piège de l’accord avec l’Union Européenne

    C’est le premier test politique majeur pour la ministre. L’accord de partenariat de pêche durable avec l’Union européenne (UE) arrive à expiration. Si cet accord rapporte des dizaines de millions d’euros par an à l’État, il est de plus en plus contesté par les professionnels locaux. Les pêcheurs mauritaniens dénoncent une concurrence déloyale des navires usines européens dans des zones de plus en plus dépeuplées. Aïssata Lam devra faire preuve d’un sens aigu de la négociation pour imposer de nouvelles conditions : augmenter les compensations financières, mais surtout, sanctuariser la ressource pour les nationaux.

    2. L’urgence absolue de la souveraineté industrielle

    La Mauritanie ne peut plus se contenter d’être un simple réservoir où les flottes étrangères viennent se servir. Le véritable scandale économique réside dans la faiblesse de la transformation locale. Des tonnes de poissons quittent nos eaux sans aucune valeur ajoutée.

    • Moderniser les ports de Nouakchott et de Nouadhibou pour en faire de véritables hubs logistiques.
    • Développer les usines de transformation à terre pour créer des milliers d’emplois pour la jeunesse mauritanienne.
    • Mettre fin au pillage de la farine de poisson (moka), une industrie ultra-polluante qui détruit la sécurité alimentaire de la région pour nourrir des saumons en Europe ou en Asie.

    3. Tolérance zéro contre le pillage des eaux

    La surpêche et la pêche illégale, non déclarée et non réglementée (INN) vident l’océan Atlantique à une vitesse alarmante. Les gardes-côtes font face à des flottes étrangères ultra-équipées qui bravent régulièrement les interdictions. Aïssata Lam dévra engager une guerre technologique et juridique contre ces prédateurs des mers. Cela passe par un renforcement drastique des contrôles par satellite, l’augmentation des patrouilles maritimes et des sanctions financières dissuasives pour les contrevenants.

    Le verdict du terrain

    Aïssata Lam dispose d’une solide réputation internationale et d’une vision managériale moderne. Mais le secteur de la pêche en Mauritanie est un écosystème complexe, souvent verrouillé par des intérêts puissants et des lobbies enracinés. Pour réussir, la ministre devra transformer son capital de sympathie en courage politique. Les pêcheurs artisans l’attendent au tournant ; l’économie nationale en dépend. La bataille de l’or bleu ne fait que commencer.


    Issa DJIMERA
    Acteur de la société civile.
    Spécialiste en Gestion de projet public.

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