Mauritanie : Tolérance de façade et inquiétudes persistantes face à la migration, selon Afrobarometer
Le Bureau d’études SISTA Consult Mauritanie, en partenariat avec la plateforme panafricaine Afrobarometer, a organisé un atelier de restitution des résultats de l’enquête nationale sur la migration, sous le thème : « Opportunités économiques ou menaces multiples ». L’événement s’est tenu à Nouakchott en présence d’experts, de représentants de l’administration publique, d’étudiants-chercheurs et de membres de la société civile.
L’enquête révèle une posture ambivalente des Mauritaniens à l’égard des migrants : si la majorité se montre ouverte à leur présence dans le voisinage, une réticence marquée émerge dès lors qu’il s’agit de les intégrer dans la sphère professionnelle ou familiale.
Le Directeur général de SISTA Consult, Abdallahi Ahmed Vall, a souligné l’importance des données d’opinion comme levier d’aide à la décision publique. M. Hassana Diallo, chargé de communication d’Afrobarometer, a pour sa part présenté les méthodologies de collecte de données adoptées dans les 40 pays couverts par le réseau. Les résultats de l’enquête ont été exposés par le Pr. Cheikh Saadbou Camara.
Des chiffres révélateurs d’une méfiance généralisée
Réalisée entre décembre 2024 et janvier 2025 sur un échantillon représentatif de 1 200 citoyens mauritaniens (50 % hommes et 50 % femmes), l’enquête met en évidence plusieurs tendances :
• 58 % des personnes interrogées se disent favorables ou indifférentes à la présence de réfugiés dans leur quartier, contre 52 % pour les travailleurs immigrés.
• Mais 60 % s’opposent à ce que les immigrés occupent des emplois peu prisés par les Mauritaniens, 61 % refusent l’idée qu’un immigré embauche un national, et 68 % rejettent un mariage avec un immigré.
• 75 % estiment que les Mauritaniens doivent être prioritaires sur le marché du travail.
• Bien que 48 % soient favorables à une immigration de profils qualifiés, 54 % rejettent l’idée d’accueillir des migrants pour répondre aux besoins en main-d’œuvre.
• 65 % considèrent que la présence prolongée des migrants nuit à l’économie nationale.
• Enfin, 69 % des Mauritaniens souhaitent limiter ou arrêter l’entrée de réfugiés, et 59 % expriment la même opinion à l’égard des travailleurs étrangers.
Un atelier de dialogue et de transmission
L’atelier a été l’occasion de confronter ces résultats aux réalités locales et aux perceptions politiques, sociales et économiques. La discussion a mis en lumière les paradoxes entre ouverture déclarée et pratiques discriminatoires persistantes, en particulier sur le marché de l’emploi.
La rencontre s’est clôturée par la remise de prix à plusieurs groupes d’étudiants-chercheurs ayant bénéficié d’une formation organisée en mai 2024 sur les techniques de collecte, d’analyse et de diffusion de données Afrobarometer.

