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    Politique des carburants et équilibre macroéconomique : une lecture croisée entre finance, énergie et gestion publique
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    Avec tout le respect que je porte à M. le Ministre des Finances sortant Sid’Ahmed Bouh, je considère que ce débat est particulièrement important car il touche à trois dimensions fondamentales : l’équilibre des finances publiques, la maîtrise de l’inflation et la protection du pouvoir d’achat des citoyens.

    À titre personnel, mon analyse est nourrie par plus de vingt années d’expérience comme conseiller financier au sein d’une institution financière au Canada, où j’ai eu l’occasion d’accompagner des particuliers, des entrepreneurs et des investisseurs dans des environnements économiques marqués par des cycles d’inflation, des hausses de taux d’intérêt, des fluctuations des marchés de l’énergie et des périodes d’incertitude économique. Cette expérience m’a appris qu’une politique économique efficace ne peut être évaluée uniquement à travers ses effets immédiats, mais doit être appréciée à l’aune de ses conséquences à moyen et long terme sur la stabilité économique et sociale.

    Mon parcours académique m’amène également à porter un regard multidisciplinaire sur cette question. Je suis titulaire d’une formation de troisième cycle en Thermique et Systèmes Énergétiques de l’Université d’Évry en France, ce qui m’a permis d’acquérir une compréhension approfondie des mécanismes de production, de stockage, de transport et de consommation de l’énergie. J’ai également suivi une formation en Contrôle de Gestion à l’École Supérieure de Commerce de Brest, qui m’a donné les outils nécessaires pour analyser l’efficacité de l’allocation des ressources, la maîtrise des coûts et l’évaluation de la performance des politiques publiques et des investissements.

    À la lumière de cette double expertise en finance et en énergie, il est incontestable qu’une augmentation des prix des carburants exerce un effet inflationniste à court terme. Dans une économie comme celle de la Mauritanie, où les coûts de transport influencent directement les prix des denrées alimentaires, des matériaux de construction et de nombreux biens de consommation, toute hausse du prix du carburant se répercute rapidement sur l’ensemble de la chaîne économique.

    Toutefois, il serait réducteur de limiter le débat à la seule question de la hausse des prix. La véritable interrogation porte sur le coût global des différentes options disponibles pour l’État. Le maintien d’un soutien généralisé aux carburants peut protéger temporairement les consommateurs, mais il peut aussi engendrer des charges budgétaires considérables, réduire les marges de manœuvre financières de l’État et retarder certains investissements structurants indispensables au développement économique.

    Je considère également que l’observation formulée concernant la cohérence entre politique budgétaire et politique monétaire mérite une attention particulière. Dans toutes les économies modernes, la lutte contre l’inflation exige une coordination étroite entre les autorités budgétaires et la Banque centrale. Lorsque cette dernière relève ses taux d’intérêt pour contenir les pressions inflationnistes, les décisions gouvernementales doivent être conçues de manière à ne pas neutraliser les effets recherchés.

    Sur le plan énergétique, la question de la capacité nationale de stockage des produits pétroliers est stratégique. Mon expérience dans le domaine des systèmes énergétiques m’amène à considérer que la sécurité énergétique d’un pays ne dépend pas uniquement du prix international du pétrole, mais également de sa capacité à anticiper les fluctuations du marché, à gérer ses réserves et à optimiser sa logistique énergétique. Les infrastructures de stockage constituent un instrument de souveraineté économique autant qu’un outil de stabilisation des prix.

    À mon sens, la voie la plus pertinente consiste à rechercher un équilibre entre rigueur budgétaire et protection sociale. Cela pourrait passer par :

    • un ciblage plus précis des mécanismes de soutien vers les ménages les plus vulnérables ;
    • une revue approfondie des dépenses publiques afin d’identifier les marges d’optimisation ;
    • le renforcement des infrastructures énergétiques et des capacités de stockage stratégiques ;
    • le soutien aux secteurs productifs afin de limiter la transmission des hausses de coûts à l’ensemble de l’économie ;
    • une meilleure coordination entre la politique budgétaire, la politique monétaire et la stratégie énergétique nationale.

    Après plus de vingt ans passés à conseiller des clients dans le secteur financier canadien et au regard de ma formation en systèmes énergétiques et en contrôle de gestion, je suis convaincu qu’une politique économique durable ne se résume ni à la réduction des dépenses ni à la multiplication des subventions. Elle repose avant tout sur une vision cohérente, une gestion rigoureuse des ressources publiques et une capacité à concilier stabilité macroéconomique, compétitivité économique et préservation du pouvoir d’achat des citoyens.

    La Mauritanie dispose aujourd’hui d’atouts considérables, notamment avec les perspectives offertes par ses ressources énergétiques et minières. Le véritable défi consiste à transformer ces atouts en une croissance durable, inclusive et résiliente face aux chocs extérieurs. C’est dans cette perspective stratégique que le débat actuel mérite d’être abordé.

    Mohamed O Kaza, Expert Finance et energie

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