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    Le gaz ne suffira pas : la véritable bataille économique de la Mauritanie commence aujourd’hui
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    Par Ridha Bouh 
    Spécialiste en Politiques de Développement


    Depuis plusieurs mois, les Mauritaniens suivent avec attention les évolutions économiques nationales et internationales. Entre la poursuite de la guerre au Moyen-Orient, les tensions sur les marchés énergétiques, l’augmentation des coûts du transport maritime et le ralentissement de la croissance mondiale, une question mérite d’être posée : la Mauritanie est-elle prête à faire face aux défis économiques des prochaines décennies ?

    À mon sens, c’est précisément la question qui se trouve aujourd’hui au cœur des discussions entre la Mauritanie et le Fonds Monétaire International.

    Beaucoup de citoyens entendent parler des recommandations du FMI sans réellement comprendre leur portée. Certains y voient des contraintes, d’autres des opportunités. Pourtant, derrière les termes techniques et les indicateurs économiques se cache une réalité simple : le FMI estime que la Mauritanie doit préparer dès maintenant l’économie de l’après-fer et de l’après-gaz.

    Cette analyse mérite d’être examinée avec sérieux.

    Notre pays dispose aujourd’hui d’atouts considérables. La stabilité politique est reconnue. Les infrastructures connaissent une amélioration progressive. Les investissements publics se poursuivent. Le projet gazier Grand Tortue Ahmeyim ouvre des perspectives inédites. Selon les dernières estimations internationales, l’économie mauritanienne devrait continuer à croître autour de 4 à 5 % par an au cours des prochaines années malgré un environnement mondial difficile.

    Ces résultats sont encourageants.

    Mais ils ne doivent pas masquer une réalité que nous connaissons tous.

    Une part importante de notre richesse nationale reste directement liée aux ressources naturelles. Lorsque les cours du fer progressent, l’économie se porte mieux. Lorsque les investissements miniers augmentent, la croissance accélère. Désormais, le gaz vient renforcer cette dynamique.

    La question est donc simple : voulons-nous remplacer une dépendance par une autre ou utiliser cette opportunité pour bâtir une économie plus diversifiée ?

    C’est précisément sur ce point que le FMI insiste aujourd’hui.

    L’institution ne demande pas seulement à la Mauritanie de maintenir ses équilibres budgétaires. Elle encourage surtout le pays à créer de nouveaux moteurs de croissance capables de produire durablement des emplois et de la richesse.

    En d’autres termes, le défi n’est plus seulement de produire davantage de ressources naturelles. Le défi est de transformer ces ressources en développement économique durable.

    À titre personnel, je pense que cette réflexion est pertinente.

    L’histoire économique mondiale montre que les pays qui ont réussi leur transformation ne sont pas nécessairement ceux qui disposaient des plus grandes ressources naturelles. Ce sont ceux qui ont utilisé ces ressources pour développer leur industrie, leurs infrastructures, leur capital humain et leur secteur privé.

    La Mauritanie dispose aujourd’hui d’une occasion historique.

    Les revenus du gaz peuvent financer les infrastructures. Ils peuvent renforcer les capacités énergétiques du pays. Ils peuvent soutenir la formation professionnelle. Ils peuvent améliorer la compétitivité de nos entreprises.

    Mais pour cela, encore faut-il que les investissements suivent une vision économique claire.

    Dans cette nouvelle phase, plusieurs secteurs apparaissent comme stratégiques.

    La pêche demeure naturellement l’un des principaux piliers de notre économie. Au-delà des exportations, ce secteur possède un potentiel considérable en matière d’emplois, de services logistiques, de maintenance industrielle et de développement des activités portuaires.

    C’est particulièrement vrai à Nouadhibou.

    En tant qu’observateur de la réalité économique locale, je suis convaincu que la ville dispose d’atouts encore insuffisamment exploités. Sa position géographique, ses infrastructures portuaires, son tissu économique et son ouverture sur les marchés internationaux lui confèrent un rôle central dans l’avenir économique du pays.

    C’est pourquoi la nouvelle loi de la Zone Franche revêt une importance particulière.

    Pendant longtemps, les zones franches ont été perçues principalement comme des espaces d’avantages fiscaux. Aujourd’hui, la concurrence internationale impose une approche différente.

    Les investisseurs recherchent avant tout la rapidité administrative, la sécurité juridique, la qualité des infrastructures et la prévisibilité des décisions publiques.

    La réussite de la Zone Franche dépendra donc moins des avantages qu’elle accorde que de sa capacité à devenir un véritable outil de développement économique et d’accompagnement des investisseurs.

    À Nouadhibou, nous savons que le potentiel existe.

    La véritable question est désormais de savoir comment transformer ce potentiel en investissements, en entreprises, en emplois et en croissance durable.

    La guerre au Moyen-Orient nous rappelle chaque jour que les équilibres économiques mondiaux peuvent être bouleversés en quelques semaines. Les pays qui réussiront demain seront ceux qui auront préparé leur économie avant les crises, et non après.

    La Mauritanie dispose aujourd’hui de ressources, de stabilité, d’une vision de développement et d’opportunités que beaucoup d’autres pays lui envient.

    À nous de faire en sorte que le gaz, la pêche, les infrastructures et les réformes économiques deviennent les fondations d’une économie plus forte, plus diversifiée et plus résiliente.

    Car au fond, la véritable bataille économique de la Mauritanie ne commence pas avec la production du gaz.

    Elle commence avec notre capacité à transformer cette richesse en avenir.

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