La Mauritanie est, avec l’Ouganda, l’un des deux pays pilotes retenus par la FAO pour éprouver un nouvel outil de mesure des dépenses publiques consacrées aux systèmes agroalimentaires. Baptisé ASPEA (Agrifood Systems Public Expenditure Analysis), cet outil a été lancé le 4 septembre en marge de l’Africa Food Systems Forum 2026 à Kigali, aux côtés de PolOpT, un instrument de modélisation destiné à aider les gouvernements à arbitrer entre différents scénarios de réallocation budgétaire.
Préparé par la division Économie et politiques agroalimentaires et le Centre d’investissement de la FAO, en collaboration avec l’Union européenne, ASPEA prolonge le programme MAFAP, qui suit depuis plus d’une décennie les politiques agricoles et alimentaires d’une vingtaine de pays africains. L’objectif est de fournir un cadre commun pour définir, classer et mesurer les dépenses publiques à l’échelle de l’ensemble du système agroalimentaire, au-delà du seul secteur agricole, au moment où la Déclaration de Kampala engage les États à y consacrer au moins 10 % de leurs dépenses publiques.
Appliquée aux données du ministère des Finances, la méthodologie recense pour la Mauritanie environ 103 milliards MRU de dépenses publiques agroalimentaires en termes réels entre 2009 et 2022, soit près de 3,6 milliards de dollars cumulés sur quatorze ans. Cela représente en moyenne 17,3 % de la dépense publique totale et 3,9 % du PIB, contre 9,3 % pour les seules dépenses spécifiquement agricoles. L’élargissement du périmètre ajoute 2,5 points, portés surtout par l’eau et l’assainissement urbains et par la protection du capital naturel, notamment les parcs nationaux du Banc d’Arguin et du Diawling.
La FAO relève aussi un déséquilibre : plus de 70 % des dépenses agricoles spécifiques vont aux cultures, contre environ 15 % pour la pêche et 14 % pour l’élevage, une répartition jugée disproportionnée au regard du poids de ces deux secteurs dans l’économie nationale.
Le Rwanda, pays hôte du forum, a de son côté validé les résultats de PolOpT et approuvé son utilisation. La FAO appelle les États, l’Union africaine et les partenaires techniques à généraliser les deux outils sur le continent.

