Lorsque l’actuel directeur général de la SOMELEC, M. Khroumbali Lahbib, a pris ses fonctions en juin 2025, l’entreprise était confrontée à des coupures récurrentes et à de graves perturbations de la fourniture d’électricité, avant même la période des grandes chaleurs. L’État avait auparavant engagé un programme d’urgence visant l’extension et le renforcement du réseau pour remédier à des déséquilibres accentués au fil du temps, dont la résorption exigeait des investissements et des interventions dépassant largement le cadre de la maintenance courante et de la réparation des pannes quotidiennes.
Les travaux déjà réalisés dans le cadre de ce programme, encore inachevé, ont déjà contribué à soulager le réseau et à prévenir une dégradation plus importante du service. La persistance de certaines perturbations ne suffit donc pas, à elle seule, à apprécier les effets de ces interventions. Leurs résultats doivent être évalués au regard de la hausse continue de la consommation, mais aussi de l’évolution qu’aurait pu connaître la situation si les capacités du réseau n’avaient pas été renforcées da le cadre du plan d’urgence.
La demande d’électricité progresse en effet à un rythme annuel pouvant atteindre 10 %, sous l’effet de l’importante extension urbaine horizontale, de l’augmentation du nombre d’abonnés et du développement des activités économiques dans le pays. Il ne s’agit donc pas seulement de combler le déficit existant, ce qui constitue déjà un défi considérable, mais également de répondre à d’importants besoins supplémentaires qui apparaissent chaque année. Tout retard dans la réalisation des investissements nécessaires accentue la pression sur les infrastructures et rend plus difficile le maintien de la continuité du service. Par ailleurs, le déficit financier structurel et chronique de l’entreprise ne lui permet pas de financer ces investissements sur ses ressources propres. Les recettes suffisent à peine à couvrir les charges de fonctionnement. Le redressement financier constitue ainsi un autre combat, non moins ardu, qui passe notamment par la lutte contre la fraude massive et la maîtrise des coûts de production élevés. C’est donc l’État qui assure la mobilisation des financements nécessaires et qui a consenti des efforts considérables dans ce domaine.
Dans ce contexte, le nouveau directeur général s’est attaché à accélérer la mise en œuvre des interventions programmées, à en suivre l’exécution et à préparer les phases suivantes. Parallèlement, les projets relatifs à la production et au transport d’électricité se poursuivent, de même que les programmes d’électrification rurale destinés à desservir des centaines de villes et de villages à travers le pays. L’efficacité de ces projets exige une synchronisation entre les différents maillons du système électrique, afin que les capacités de transport et de distribution accompagnent les augmentations programmées des capacités de production et que les efforts engagés se traduisent, pour l’abonné, par une meilleure qualité et une plus grande continuité du service.
L’équité invite à apprécier l’action du management à l’aune de la situation héritée. À l’arrivée de l’actuel directeur général, l’entreprise faisait face, sur les plans technique, commercial, financier et humain, à des difficultés majeures dont l’ampleur et l’imbrication dépassaient largement les moyens mobilisables. Leur résolution exige, au-delà des efforts de gestion, un appui soutenu, des investissements considérables ainsi que le temps nécessaire à leur mise en œuvre. La programmation des opérations de maintenance est, elle-même, soumise à des contraintes financières et techniques, notamment lorsque la mise à l’arrêt d’un ouvrage impose une interruption prolongée du service, faute de redondance offrant une solution alternative d’alimentation. Cette situation souligne la nécessité de planifier soigneusement les interventions et de disposer des moyens et des solutions de remplacement permettant d’effectuer la maintenance indispensable tout en limitant ses répercussions sur les abonnés.
Si les incidents récents ont durement éprouvé les abonnés, perturbé les activités économiques et causé d’importants dommages directs à l’entreprise, ils ont néanmoins renforcé, à tous les niveaux, la prise de conscience de la nécessité de consolider le système électrique et de lui consacrer tous les moyens requis. Encore faut-il que les enseignements de ces événements douloureux se traduisent par des décisions et des améliorations durables. Cette exigence implique de rompre avec les demi-mesures qui, à peine mises en œuvre, se trouvent déjà dépassées par la croissance des besoins et la dégradation des infrastructures.
Fort heureusement, les investissements en cours dans la production, le transport et la distribution d’électricité, conduits dans le cadre d’un schéma directeur soigneusement élaboré et d’une stratégie rigoureuse, ouvrent indéniablement des perspectives prometteuses pour améliorer l’efficacité du système électrique national ainsi que la qualité et la continuité du service à court et moyen termes. Consolider cette dynamique exige de poursuivre les investissements dans ce secteur vital, afin de satisfaire une demande croissante tout en ménageant une marge de réserve suffisante pour faire face aux aléas et aux besoins futurs. Le système électrique sera ainsi mieux à même de répondre aux aspirations légitimes des citoyens, d’accompagner l’essor des activités économiques et de contribuer durablement à la réalisation des ambitions de développement du pays.
Dahane Taleb Ethmane

