En plaidant jeudi 24 septembre à New York pour une mobilisation accrue des financements climatiques en faveur des États côtiers, la ministre de l’Environnement et du Développement durable, Messouda Baham Mohamed Laghdaf, a rappelé une réalité structurelle de l’économie mauritanienne : l’essentiel de ses moteurs se trouve sur le littoral. La réunion de haut niveau de l’Assemblée générale des Nations unies consacrée aux menaces existentielles liées à la montée des eaux s’est conclue par l’adoption d’une déclaration politique. Pour la Mauritanie, le sujet dépasse la diplomatie environnementale.
La pêche fournit quelque 300 000 emplois directs et indirects et représente, selon les années, entre un quart et 40 % des exportations du pays. Ses infrastructures, ports de débarquement, usines de transformation et de farine de poisson, chambres froides, sont installées au ras de l’eau à Nouadhibou et à Nouakchott. Le Port autonome de Nouakchott, principal point d’entrée des importations, et le port de l’Amitié, en cours de modernisation, occupent une côte basse et sableuse. Le port minéralier de Nouadhibou, par lequel transite le fer de la SNIM, dépend de la Baie du Lévrier.Le gaz s’ajoute désormais à cette liste. Le projet Grand Tortue Ahmeyim exporte son GNL depuis une unité flottante amarrée à un terminal à environ dix kilomètres au large, protégé par une digue de caissons. Les grands projets d’hydrogène vert, AMAN et Nour, prévoient eux aussi leurs installations de dessalement, d’électrolyse et d’exportation sur la côte.
La capitale concentre plus de la moitié de la population urbaine du pays et près de 43 % de sa superficie se situe sous le niveau de la mer. Elle n’est protégée que par un cordon dunaire dégradé par des décennies d’extraction de sable. Vingt et une brèches y ont été recensées, dont trois jugées d’une extrême gravité. La nappe phréatique, alimentée par les fuites des réseaux d’eau et par l’intrusion saline, remonte régulièrement en surface dans les quartiers de Sebkha, El Mina et Tevragh Zeïna.Les projections publiées par la Banque mondiale situent la hausse du niveau de la mer sur le littoral mauritanien entre 0,4 et 0,8 mètre d’ici 2100 selon les scénarios. À l’horizon 2050, ce seul facteur pourrait amputer le PIB annuel de 2 à 2,3 % en l’absence d’adaptation, dans un ensemble de pertes climatiques évaluées entre 5,7 et 9,3 % du PIB. Une incursion marine majeure à Nouakchott placerait près de 30 % de la ville sous les eaux, toucherait directement environ 300 000 personnes et détruirait le port, quelque 200 kilomètres de routes bitumées et les principaux hôpitaux, pour un coût estimé à l’équivalent de 7 milliards de dollars.
Le colmatage des brèches les plus critiques, engagé en août 2023 dans le cadre du programme WACA, constitue la première réponse physique. La nouvelle phase WACA+, lancée à Nouakchott en avril 2026 avec une enveloppe initiale de 212 millions de dollars pour la Mauritanie et le Bénin, doit renforcer le cordon dunaire et financer des investissements dans l’économie bleue.
Ces montants restent sans commune mesure avec les actifs exposés. Aucune évaluation publique ne chiffre à ce jour le coût de protection des zones portuaires et industrielles de Nouadhibou, ni les exigences d’adaptation des futures installations d’hydrogène. La ministre a placé la Mauritanie dans les mécanismes régionaux qu’elle préside, la Convention d’Abidjan, et dans l’Accord BBNJ qu’elle a ratifié en 2025. Reste à traduire cette présence diplomatique en financements et en normes de construction adaptées à un littoral qui porte l’essentiel des recettes du pays.

