Face à la volatilité des prix de l’énergie, la Mauritanie intensifie ses échanges avec l’Algérie pour sécuriser ses approvisionnements en carburants et élargir sa coopération énergétique. Mais derrière les discussions en cours sur l’importation de produits pétroliers, la réactivation des stations Naftal à Nouakchott et les projets d’interconnexion électrique, un vieux dossier refait surface : celui de la raffinerie de Nouadhibou.
Un projet industriel inachevé dès l’origine
Selon des informations d’Émergence, confirmées par plusieurs sources, le projet de raffinerie de Nouadhibou a été lancé en 1973 et achevé en 1978, pour un coût estimé à 100 millions de dollars. Toutefois, l’installation n’a jamais été réceptionnée en raison d’un défaut technique ayant empêché son exploitation dans des conditions normales.
Les tentatives de mise en service ont été rapidement abandonnées, et les installations ont été progressivement réorientées vers des fonctions de stockage de produits pétroliers importés.
Une coopération algérienne sans lendemain
Selon les mêmes informations, un accord signé dans les années 1980 entre la Mauritanie et l’Algérie avait confié à la société Naftal la réhabilitation du site et l’exploitation du port pétrolier. Cette phase n’a pas débouché sur une relance durable.
L’expérience s’est soldée par des pertes importantes, dans un contexte marqué par des choix technologiques inadaptés et une évolution défavorable des prix du pétrole à partir du milieu des années 1970.
Un échec aux causes multiples
Au-delà des contraintes techniques, plusieurs analyses, dont celles d’anciens responsables du secteur, pointent des facteurs structurels plus profonds : instabilité politique, absence d’étude de faisabilité initiale et faiblesse de l’expertise nationale dans la conduite du projet.
Selon ces analyses, la raffinerie disposait pourtant de caractéristiques techniques lui permettant de traiter différents types de brut, y compris des pétroles plus lourds et moins coûteux, avec un rendement orienté vers le gasoil, mieux adapté au marché mauritanien.
Mais ces atouts n’ont jamais été pleinement valorisés, dans un contexte où les arbitrages techniques et stratégiques ont été largement influencés par des contraintes externes.
Une infrastructure toujours debout
Aujourd’hui, la raffinerie de Nouadhibou subsiste sur le plan physique. Selon les mêmes informations, une unité existe toujours sur le site, actuellement placée sous la tutelle de la Société Mauritanienne des Industries de Raffinage (SOMIR).
Malgré son arrêt prolongé, une partie des équipements industriels, notamment les colonnes, échangeurs ou réacteurs, resterait en état structurel relativement préservé, selon des témoignages techniques, en raison des conditions de conservation.
Cependant, ces éléments ne suffisent pas à constituer une base crédible pour une relance du raffinage à court terme.
Des tentatives de relance sans aboutissement
L’idée d’un retour au raffinage n’est pas nouvelle. En 2008, la société canadienne Winfield Resources avait obtenu une licence pour développer une raffinerie de grande capacité à Nouakchott, estimée à 3 milliards de dollars. Le projet n’a jamais abouti, faute de partenaires financiers.
Parallèlement, la raffinerie existante de Nouadhibou, d’une capacité théorique estimée à 20 000 barils par jour, n’a jamais fonctionné à un niveau significatif.
Un secteur aval encore fragile
Plus récemment, la stratégie énergétique mauritanienne s’est orientée vers le renforcement du segment aval. En juin 2025, des discussions entre la Société Mauritanienne des Hydrocarbures (SMH) et Sonatrach ont porté sur la création d’une coentreprise dédiée à l’importation, au stockage et à la distribution des produits pétroliers.
Cette orientation reflète une réalité structurelle : la Mauritanie ne dispose ni de raffinerie opérationnelle ni de réseau intégré de distribution à l’échelle nationale, et reste dépendante des importations maritimes pour l’ensemble de ses besoins en carburants.
Un débat relancé par la pression énergétique
C’est dans ce contexte que la question du raffinage refait surface. La hausse des prix des hydrocarbures, combinée aux tensions géopolitiques, accentue la vulnérabilité du modèle énergétique mauritanien.
Le rapprochement en cours avec l’Algérie s’inscrit dans cette logique. Selon des informations publiées lundi 30 mars 2026, les deux pays finalisent des ententes portant sur l’importation de carburants et la relance du réseau de distribution Naftal à Nouakchott.
La visite officielle du Premier ministre Mokhtar Ould Djay en Algérie, prévue début avril 2026, devrait consolider cette dynamique, après plusieurs échanges diplomatiques récents.
Entre mythe industriel et réalité économique
Au regard des éléments disponibles, l’idée d’une raffinerie relancée apparaît aujourd’hui largement théorique. Le site de Nouadhibou reste un actif industriel existant, mais son rôle s’inscrit désormais dans une logique logistique plutôt qu’industrielle.
Plus qu’un retour au raffinage, c’est la question de la structuration du secteur aval, importation, stockage, distribution, qui constitue aujourd’hui le véritable enjeu stratégique pour la Mauritanie.

