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    « Mokhtar, acte II » : un nouveau gouvernement ou une redistribution des rapports de force ?
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    La reconduction de Mokhtar Ould Djay à la tête du gouvernement mauritanien, quelques heures seulement après la démission de son équipe le 9 octobre, ne constitue pas un simple renouvellement de confiance. Cette décision intervient à un moment où la question de la responsabilité gouvernementale se mêle à une recomposition des centres d’influence au sein du pouvoir, tandis que la question de la succession politique prend davantage d’importance à mesure que se rapproche l’échéance du second mandat du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani.

    La démission est intervenue au lendemain de la publication du rapport de la commission d’enquête sur les incendies des deux postes électriques de Nouakchott. Le document a mis en évidence des dysfonctionnements techniques, organisationnels et contractuels dans le projet de renforcement du réseau électrique. En reconduisant Ould Djay, le président a ainsi opéré, dans les faits, une distinction entre la responsabilité du gouvernement dans les défaillances relevées par l’enquête et sa volonté de continuer à s’appuyer sur son Premier ministre pour conduire la prochaine étape.

    Cette distinction porte une double signification : Ould Djay conserve la confiance du président, tandis que celui-ci conserve la maîtrise des limites de cette confiance. Le Premier ministre sort donc de la séquence de la démission avec un nouveau mandat, mais l’ampleur de son gain politique dépendra de la nature du gouvernement qu’il pourra effectivement former et de l’étendue des changements qui toucheront les principaux centres de décision.

    Dans ce contexte, la crise de l’électricité pourrait avoir constitué davantage une occasion de recomposer le gouvernement que l’explication complète de cette recomposition. Le rapport d’enquête a placé le pouvoir devant l’exigence de rendre des comptes, mais il a également ouvert un débat plus large sur l’efficacité de l’exécutif, le chevauchement des compétences et les responsabilités dans les retards de mise en œuvre des politiques publiques.

    À cela s’ajoutent les enquêtes évoquées autour de réseaux présumés de chantage et d’extorsion numériques liés à des blogueurs établis à l’étranger, ainsi que les allégations concernant d’éventuels liens entre certains de ces réseaux et des cercles d’influence internes. En l’absence de conclusions judiciaires définitives établissant ces connexions, ces accusations restent au stade des allégations. Mais politiquement, l’affaire pose la question de la capacité de l’État à maîtriser les réseaux informels d’influence et des limites du pouvoir qu’ils peuvent exercer en dehors des institutions.

    Derrière la cohésion gouvernementale, une bataille de prérogativesDans son discours politique et sa pratique administrative, Mokhtar Ould Djay fait des résultats et de l’efficacité de l’action publique le fondement de la légitimité de son maintien. Mais traduire cette conception en autorité exécutive réelle se heurte à la nature du système politique mauritanien, où les centres de pouvoir ne tirent pas leur influence de leurs seules fonctions ministérielles, mais également de leurs liens directs avec le président de la République.

    La question de la cohésion gouvernementale dépasse donc la simple coordination administrative. La volonté de former une équipe plus homogène peut signifier un renforcement de la capacité du Premier ministre à diriger son gouvernement. Mais elle peut également entraîner une redistribution de l’influence entre celui-ci et des personnalités disposant d’un poids politique ou sécuritaire et de relations directes avec le chef de l’État.

    C’est là que réside toute la sensibilité de la nouvelle étape : Ghazouani veut-il un Premier ministre plus capable d’exécuter son programme, ou un Premier ministre disposant également d’une plus grande capacité à contrôler les principaux centres de décision ?

    La différence est fondamentale. Dans le premier cas, la responsabilité exécutive serait renforcée tout en maintenant les équilibres politiques sous l’arbitrage du président. Dans le second, la relation entre la Primature et l’entourage présidentiel pourrait être redessinée, modifiant progressivement la place de Mokhtar Ould Djay dans l’architecture du pouvoir.

    Deux scénarios pour la prochaine étape

    Le premier scénario serait celui d’une large marge de manœuvre accordée par le président à Ould Djay pour recomposer son gouvernement, y compris en écartant certaines personnalités dont l’influence est indépendante de la Primature. Une telle configuration permettrait au Premier ministre de constituer une équipe davantage liée à son autorité, d’unifier la décision exécutive et de réduire la capacité de différents centres d’influence à ralentir l’action gouvernementale.

    Mais ce choix aurait un coût politique potentiel. Affaiblir des personnalités dont l’influence découle directement de leur proximité avec le président pourrait conduire à une concentration accrue du pouvoir exécutif entre les mains du Premier ministre et transformer progressivement celui-ci, de coordinateur de l’action gouvernementale, en pôle politique à part entière. Ses résultats administratifs pourraient alors devenir un levier de négociation au sein du système, notamment à l’approche de l’échéance de 2029.

    Écarter des personnalités influentes ne signifierait d’ailleurs pas nécessairement mettre fin à leur influence. La compétition pourrait simplement se déplacer vers d’autres espaces : la Présidence, le parti au pouvoir ou les institutions de sécurité. Une cohésion gouvernementale apparente pourrait alors dissimuler une compétition politique plus complexe.

    Le deuxième scénario reposerait sur le maintien, par le président, d’un équilibre entre les différents centres de pouvoir, tout en accordant à Ould Djay davantage de prérogatives sur les dossiers économiques et les services publics, avec le maintien de personnalités de poids dans les fonctions régaliennes et les postes politiques sensibles.

    Cette configuration permettrait au chef de l’État de s’appuyer sur les capacités du Premier ministre dans le suivi des dossiers exécutifs tout en évitant l’émergence d’un centre de pouvoir unique susceptible de monopoliser la conduite de l’État.

    Elle laisserait cependant subsister la question du chevauchement des compétences et pourrait continuer à placer Ould Djay en situation d’assumer, devant l’opinion, la responsabilité de politiques dont il ne contrôlerait pas seul tous les leviers.

    Entre ces deux scénarios, une troisième possibilité existe : un ajustement sélectif, modifiant certains visages et redistribuant plusieurs portefeuilles sans toucher aux équilibres fondamentaux. Le nouveau gouvernement s’apparenterait alors davantage à un compromis de transition qu’à une transformation de la structure du pouvoir.

    2029, la question en suspens

    Ces réaménagements ne peuvent être dissociés de la prochaine échéance présidentielle.

    Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani exerce actuellement son second mandat. La Constitution mauritanienne prévoit un mandat présidentiel de cinq ans renouvelable une seule fois et protège, dans son article 99, le principe de l’alternance ainsi que la limitation des mandats. La perspective d’un troisième mandat soulèverait donc une question constitutionnelle qui dépasse largement le cadre d’un simple ajustement politique.

    En l’absence d’annonce claire sur les modalités de la succession, les positions occupées aujourd’hui au sein du pouvoir prennent une importance qui dépasse leurs fonctions immédiates.

    Un Premier ministre capable de construire un bilan, tout en développant un large réseau de relations au sein de l’État et du parti au pouvoir, pourrait devenir un acteur du débat sur l’après-Ghazouani, qu’il affiche ou non une ambition présidentielle.

    La confiance présidentielle actuelle ne vaut cependant pas nécessairement adoubement pour une future succession. Le président peut parfaitement s’appuyer sur une personnalité pour diriger le gouvernement sans avoir arrêté sa position sur le rôle qu’elle pourrait jouer dans l’étape suivante.

    Cette distinction est essentielle pour comprendre la position de Mokhtar Ould Djay : il lui faut élargir son influence pour renforcer sa position politique, mais cet élargissement pose simultanément au président la question des limites du pouvoir qu’il souhaite lui accorder.

    Le véritable test

    Le critère décisif ne sera pas le nombre de ministres sortants ou entrants, mais la nature des portefeuilles concernés, l’identité de ceux qui conserveront la décision sur les dossiers régaliens et la capacité réelle du Premier ministre à imposer ses choix dans les nominations et les politiques publiques.

    La manière dont seront traitées les conclusions de l’enquête sur les incendies des postes électriques permettra également de savoir si le nouveau gouvernement entend instaurer une véritable logique de responsabilité institutionnelle allant au-delà du remplacement des personnes, ou s’il se contentera d’une redistribution des responsabilités politiques.

    Parallèlement, l’évolution des enquêtes dans le dossier des blogueurs constituera un autre test pour les institutions : celui de leur capacité à distinguer l’application de la loi des rivalités pouvant traverser les cercles du pouvoir.

    Au bout du compte, la confiance renouvelée de Ghazouani à Mokhtar Ould Djay replace ce dernier au cœur du pouvoir exécutif, sans pour autant trancher la question de son poids réel dans les rapports de force au sein du système.

    L’équation à laquelle le président sera confronté dans la prochaine étape consiste à concilier un gouvernement capable d’obtenir des résultats, des centres de décision équilibrés et une transition politique dont l’horizon reste ouvert.

    La question du maintien de Mokhtar Ould Djay à la Primature est désormais tranchée. Mais la question essentielle demeure : son nouveau gouvernement sera-t-il l’instrument d’une réorganisation du pouvoir, ou le début d’une redistribution de celui-ci ?

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