Enfin, Nouakchott se prépare à franchir une étape aussi importante que de tracer une route en plein désert : la création d’une bourse des valeurs Certains pourraient n’y voir qu’un bâtiment de plus ou un luxe réglementaire inadapté à un environnement économique saturé de problèmes. Mais en réalité, cette initiative porte en elle une révolution économique silencieuse, qui redistribuera les cartes entre les acteurs, les secteurs et les opportunités, distinguant le solide de l’illusoire, le transparent de l’obscur.
La Bourse de Nouakchott ne sera pas une simple plateforme d’échange, mais un filtre économique, séparant les investissements viables de ceux bâtis sur des illusions. C’est ici que commencent les paradoxes.
Nous verrons les secteurs sérieux — banques, entreprises productives, projets transparents — sortir de l’ombre d’un financement étroit pour entrer dans l’espace du financement ouvert. Le petit investisseur pourra acheter une action dans une entreprise de construction au lieu d’un appartement dans un immeuble sans électricité ni égouts.
Les sociétés de courtage financier prospéreront, et une grande partie de la liquidité stagnante deviendra du capital actif. Ceux qui avaient l’habitude de vendre des promesses immobilières sur des terrains arides, sans routes ni eau, devront désormais justifier l’effondrement des prix, car les citoyens auront découvert des placements plus justes et plus rentables dans les marchés d’actions et d’obligations.
La bulle immobilière qui a prospéré dans les périphéries de Nouakchott — où le sable se vendait comme de l’or — se retrouvera confrontée à de véritables instruments financiers et à une concurrence transparente. Lorsqu’un investisseur trouvera une alternative sûre à l’achat d’un terrain à 15 millions d’ouguiyas, simplement parce que « quelqu’un a dit que ça allait monter », les prix reviendront à leur juste valeur.
Quant au marché des dettes usuraires, ce monstre qui dévore les plus modestes, il commencera à reculer face à la montée d’outils financiers légaux et organisés. Le petit commerçant n’aura plus besoin d’emprunter une ouguiya pour en rendre deux, s’il peut participer à un fonds, vendre des actions ou obtenir un financement d’une entreprise cotée.
Mais la bourse est aussi un miroir impitoyable : elle révélera la fragilité de certaines institutions et mettra à nu ceux qui n’ont pour tout actif que leur enseigne. Le marché ne flatte personne, et les chiffres ne mentent pas quand ils sont rendus publics.
En résumé, la Bourse de Nouakchott pourrait bien être la dernière chance de faire passer l’économie mauritanienne d’une culture de la résignation et de l’attente à une culture de l’initiative et de la production. Du sable des illusions immobilières vers le capital de la transparence. Sommes-nous prêts pour ce tournant ?
Sid El Khair Oumarou
Économiste

