Les attaques coordonnées de ce samedi 25 avril 2026 contre Bamako, Kati, Gao, Sévaré/Mopti et Kidal marquent le début d’une nouvelle période qui dépasse le seul cadre sécuritaire. Elles posent une question politique centrale : le régime d’Assimi Goïta peut-il encore s’appuyer sur la légitimité qui l’a porté au pouvoir ?
Depuis son arrivée à la tête de l’État, le chef de la transition a bâti son autorité sur trois promesses : restaurer la sécurité, rétablir la souveraineté nationale et reprendre le contrôle du territoire. Or, ces attaques fragilisent directement ce récit.
Kati revêt une importance symbolique considérable. Cœur militaire du pouvoir malien, cette ville incarne l’espace à partir duquel les officiers ont bâti leur autorité au sommet de l’État. Le fait de voir ce périmètre visé envoie un message politique clair : le pouvoir contrôle encore les institutions, mais il n’apparaît plus invulnérable.
La fragilité actuelle du régime ne vient pas seulement du front militaire. Elle découle également de ses choix diplomatiques. La rupture avec la France, la fin de la coopération sécuritaire traditionnelle et le basculement vers de nouveaux partenaires ont nourri un récit souverainiste. Mais cette souveraineté proclamée s’est progressivement transformée en isolement.
La même logique marque les relations avec l’environnement régional. En quittant la CEDEAO aux côtés du Burkina Faso et du Niger, Bamako a renforcé l’axe des régimes militaires sahéliens, tout en s’éloignant de cadres de concertation indispensables. Les tensions et les accusations répétées contre certains pays voisins ont également durci le climat régional, alors que les menaces qui frappent le Mali dépassent ses frontières et exigent des réponses collectives.
À l’intérieur, l’autre erreur majeure reste la fermeture de la vie politique. La suspension des activités politiques, puis la dissolution des partis, ont supprimé des espaces essentiels de médiation. En neutralisant les oppositions et les lieux de débat, Assimi Goïta a cherché à consolider son pouvoir. Il a surtout privé le pays d’un mécanisme civil capable d’absorber les tensions.
Cette crise révèle l’épuisement d’un modèle fondé sur la verticalité, la contrainte et la communication de souveraineté. Un régime militaire peut tenir par la force. Il ne peut cependant pas durer sans résultats sécuritaires, sans compromis interne et sans alliances extérieures équilibrées.
Il serait toutefois imprudent d’annoncer une chute institutionnelle. Assimi Goïta reste formellement au pouvoir. Mais politiquement, une ligne a été franchie. La question n’est plus de savoir s’il contrôle encore l’État, mais sur quelle légitimité il peut désormais s’appuyer.
Le pouvoir malien avait promis la sécurité, l’unité et la souveraineté. Il se retrouve aujourd’hui confronté à l’insécurité, à l’isolement diplomatique et à une vie politique étouffée. Ce n’est peut-être pas encore la chute d’un régime, mais c’est le début de la fin de son récit politique.

