Plus

    Banda : le 15 décembre, l’heure de vérité
    B

    Le 3 décembre 2025, le Conseil des ministres autorisait le ministre de l’Énergie et du Pétrole à signer un avenant pour l’extension de la période de recherche du contrat d’Exploration-Production portant sur les blocs gaziers Banda et Tevet du bassin côtier, signé le 1er avril 2024 entre l’État mauritanien et la société Go Gas Holding.

    Pour reprendre les termes du communiqué de l’Agence mauritanienne d’information, « cet avenant a pour objet de modifier les dispositions du Contrat d’Exploration-Production (CEP) signé le 1er avril 2024 et entré en vigueur le 15 mai 2024, en prolongeant la période de recherche de onze (11) mois à compter de la date de fin de la troisième phase, c’est-à-dire jusqu’au 15 décembre 2026 ».

    Sur son site Internet, Go Gas Holding indique qu’elle est l’unique développeur des champs gaziers Banda et Tevet, dont elle a obtenu la licence en avril 2024 à la suite d’une proposition conjointe avec Taqa Arabia et Rosetta Energy, en qualité de partenaires « downstream ».

    Ainsi, après vingt mois, d’avril 2024 à décembre 2025, Go Gas et Taqa Arabia ont sollicité une extension de onze mois du contrat d’Exploration-Production, qui arrive à échéance le 15 décembre 2026 après un moratoire cumulé de trente-et-un mois, autrement dit presque deux ans et sept mois.

    Il est à rappeler que le 27 novembre 2024, le directeur général de la SMH, Ismail Abdel Vetah, qui avait remplacé Mohamed Ould Khaled, signait déjà les principes directeurs, « Heads of Terms », de l’accord de vente de gaz (GSA) du projet Banda avec Go Gas et la Somelec.

    La cérémonie de signature s’était déroulée dans les locaux du ministère de l’Énergie et du Pétrole, sous l’égide de Mohamed Ould Khaled, devenu entre-temps ministre de l’Énergie et du Pétrole.

    Aujourd’hui, ces deux importants accords institutionnels approchent de leur second anniversaire, ce qui incite à réfléchir quant à l’empressement à signer de tels accords d’une telle importance sans qu’aucune garantie de mise en œuvre, qu’elle soit technique et d’expertise, d’engagement d’investissement ou de plan de développement, n’ait été soumise au gouvernement mauritanien.

    Le dossier relève désormais du nouveau ministre de l’Énergie et du Pétrole, Mohamed Ould Abdel Vetah, nommé à ce poste le 10 octobre 2026.En matière d’expérience dans l’exploration et le développement des gisements gaziers offshore, Go Gas présente un portefeuille d’expertise constitué de la seule licence de Banda en Mauritanie.

    À la date d’octobre 2026, elle indique également, toujours sur son site Internet, être à la recherche d’investisseurs pour développer ce projet en Mauritanie.

    Fait notable, les sites Internet respectifs des trois sociétés du consortium présentent le même PDG-fondateur, Khaled Abu Bakr. Une configuration qui ne manque pas d’interroger sur la nature même du consortium.

    Banda, un projet naturellement destiné au gas-to-powerEntre 2023 et 2024, plusieurs opérateurs et investisseurs s’intéressaient déjà au développement du champ gazier Banda.

    Son exploitation ne présentait pas la même complexité que GTA, d’abord par sa profondeur, d’environ 300 mètres. Le champ avait également la particularité de ne pas être propice à l’exportation en raison de la modestie de son gisement, dont le volume ne dépasse guère 2,2 Tcf.

    Il ne nécessitait donc pas d’investissement dans une infrastructure de liquéfaction en GNL.

    Avec de telles caractéristiques, Banda était plutôt destiné au développement du gas-to-power, ce qui lui conférait un caractère d’importance singulière pour la Mauritanie.

    Parmi les opérateurs intéressés figurait un consortium d’entreprises mondialement connues regroupées au sein d’un SPV, Special Purpose Vehicle, dénommé Banda Gas Company, ou BGC.

    Au terme d’une année d’échanges fructueux avec la SMH dans le cadre d’un MOU formalisé en 2023, une délégation de BGC avait été invitée par la SMH à venir finaliser les négociations à Nouakchott, où elle a séjourné du 10 au 12 mars 2024.Au cours de cette visite, la délégation avait été reçue par le ministre de l’Énergie et du Pétrole de l’époque, Nany Chrougha.

    Selon nos sources au ministère, de longues séances de discussions et de négociations avaient eu lieu au siège de la SMH, dirigée à l’époque par Mohamed Ould Khaled, qui deviendra peu après ministre de l’Énergie et du Pétrole avant de quitter le gouvernement lors de la formation du gouvernement Ould Djay II.

    Émergence a eu le privilège de consulter le dossier de l’offre complète du consortium Banda Gas Company soumise en mars 2024 à la SMH ainsi qu’au ministère de l’Énergie et du Pétrole.

    Une analyse comparative des propositions techniques et commerciales du consortium Taqa Arabia-Go Gas et de Banda Gas Company permet de faire ressortir plusieurs différences.

    Go Gas et BGC, deux propositions différentes

    La proposition Go Gas réunissait Go Gas Holding, Taqa Arabia et Rosetta Energy. Elle concernait les champs Banda et Tevet et affichait un CAPEX de 1,3 milliard de dollars.

    Dans le document comparatif, les objectifs du projet intégré étaient indiqués comme non divulgués au moment de la signature du CEP.

    Pour Banda Gas Company, le dispositif présenté était beaucoup plus large. BGC devait être le développeur du projet, avec PM Lucas comme Project Manager, Hefestos Capital pour le financement, Archirodon pour l’EPC, Enerflex pour le traitement du gaz, Subsea7 et SLB pour l’ingénierie sous-marine, KCA Deutag et Transocean pour le forage, Siemens Energy pour la centrale gas-to-power et Dentons pour le conseil juridique.

    Le projet BGC portait uniquement sur Banda. Il prévoyait la production du gaz offshore, la construction d’un pipeline offshore/onshore pour transporter le gaz jusqu’à terre, la conversion en gas-to-power de la centrale existante de 180 MW ainsi que la construction d’une nouvelle centrale de 120 MW.

    Le CAPEX annoncé par BGC s’élevait à 912 millions de dollars, avec un OPEX de 20,6 millions de dollars par an.

    Le consortium faisait également état de 500 millions de dollars de financement ou d’investissement immédiatement disponibles.

    Concernant la décision finale d’investissement, le dossier BGC prévoyait une FID six mois après la signature du Contrat d’Exploration-Production, soit à la fin de l’année 2024.

    Pour Go Gas, ces éléments apparaissaient comme « N/A » dans le document comparatif.

    Le calendrier Go Gas prévoyait une première phase de développement offshore en 2027. La deuxième phase concernait la conversion en gas-to-power de la centrale existante de 180 MW et la construction d’une nouvelle centrale gas-to-power d’une capacité comprise entre 120 et 240 MW. Une troisième phase portait sur le développement d’une industrie Gas-to-Liquids, GTL, ainsi que du Gaz Naturel Comprimé, GNC.Pour BGC, le calendrier prévoyait la construction du projet, le First Gas, le gazoduc et la nouvelle centrale de 120 MW dans un délai de vingt-quatre mois après la signature de la FID, soit à la fin de l’année 2026.

    Sur l’expérience, le document comparatif mentionne « aucune » pour Go Gas dans les catégories gaz upstream, midstream, downstream et gas-to-power, contre une expérience qualifiée de « mondiale » pour BGC dans ces quatre domaines.

    Pour BGC, la durée du projet était prévue entre vingt ans au minimum et trente ans au maximum. La participation de l’État mauritanien, à travers la SMH, était fixée à 15 %.

    Le ratio de profit sharing, ou ratio « R », était annoncé à 72 %. Le taux de rentabilité interne était estimé à 15 % dans le scénario de base et le prix du gaz proposé à 12 dollars/Mscf.

    La répartition du cash-flow prévoyait 60 % pour le gouvernement mauritanien et 40 % pour BGC.Enfin, le bénéfice cumulé pour le gouvernement mauritanien sur la durée du projet était estimé à 4,4 milliards de dollars dans l’hypothèse basse présentée par BGC.

    Pour Go Gas, ces différents paramètres apparaissaient comme « N/A » dans le document comparatif.

    Banda a-t-il encore besoin d’une « période de recherche » ?

    Faut-il rappeler ici que le champ gazier Banda ne nécessite plus de « période de recherche » particulière car, en l’occurrence, il a atteint sa maturité en termes de recherche et d’études depuis l’époque de Tullow Oil jusqu’à celle de New Fortress Energy.

    Fort de sa maturité en termes d’études antérieures ainsi que de la relative non-complexité technique et technologique de son développement, le champ gazier Banda représentait pour la Mauritanie la manne gazière adéquate pour la mise en œuvre, dans des délais raisonnables, de ses politiques publiques en matière de stratégie de gas-to-power et d’industrialisation du pays.

    L’échéance du 15 décembre 2026 constitue donc un tournant décisif à plus d’un titre dans la vie erratique du champ gazier Banda.

    Ses tribulations vont-elles prendre fin à la faveur d’une véritable prise de conscience de la situation énergétique du pays, déjà si exacerbée par les tensions et crises géopolitiques mondiales liées à l’énergie ?

    Les ruptures des chaînes d’approvisionnement, la réduction même des sources d’approvisionnement, la flambée des prix des hydrocarbures, la revue en profondeur des priorités d’investissement dans de nouveaux champs gaziers et les perturbations dans la mobilisation du capital sont autant de facteurs d’incertitude par les temps qui courent et à venir.

    À l’œuvre déjà, des bouleversements mondiaux porteurs d’enjeux de grande ampleur et autant d’inconnues nous rappellent, si besoin est, que la complaisance n’a plus sa place dans la gestion des ressources naturelles du pays, quelles qu’elles soient, avec au premier rang nos ressources énergétiques.

    Dans un tel contexte, la rigueur s’impose au grand bénéfice de l’intérêt national présent et futur.Pour Banda, le 15 décembre sera l’heure de vérité.

    NB : La société égyptienne Go Gas Holding ne doit pas être confondue avec Go Gas, le géant indien du GPL, ni avec la société émiratie GoGas Oil & Gas.

    De même, la société égyptienne Taqa Arabia ne doit pas être confondue avec le géant émirati de l’énergie TAQA.

    Derniers articles

    Articles Liés