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    Freiner les prix sans ralentir l’économie : le pari de la Banque centrale
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    La Banque centrale de Mauritanie (BCM) durcit nettement sa politique monétaire pour contenir l’inflation. Réuni le 28 octobre 2026, son Conseil de politique monétaire a décidé de relever le taux directeur de 6,75 % à 7,25 % et de porter les réserves obligatoires des banques de 8 % à 15 %, une décision formalisée par le gouverneur le 30 octobre. Il s’agit du troisième relèvement du taux directeur depuis mai, après les passages de 6 % à 6,50 % puis à 6,75 % en juillet. Mais c’est la première fois dans ce cycle que la BCM actionne le levier des réserves obligatoires, et c’est là que se joue l’essentiel.

    Le contexte éclaire ce choix. L’inflation est passée de 4,1 % en décembre 2025 à 7,6 % en avril, puis a dépassé 9 % en glissement annuel à l’été, la BCM anticipant un pic autour de 10 % en septembre, tandis que le crédit au secteur privé progressait de plus de 12 % en 2025. Dès mai, l’institution pointait le renchérissement de l’énergie et des denrées importées, mais aussi la liquidité disponible dans le système bancaire. Le relèvement des réserves obligatoires vise cette liquidité de manière durable : il immobilise des ressources que les banques auraient pu prêter, là où le taux directeur n’agit que sur le coût du refinancement. Les deux leviers se complètent : les établissements qui devront reconstituer leurs réserves en empruntant le feront désormais à un taux plus élevé.

    Concrètement, pour 100 millions MRU de dépôts soumis à cette obligation, une banque devra désormais immobiliser 15 millions MRU auprès de la BCM, contre 8 millions auparavant. Ces réserves ne sont pas rémunérées. Pour un établissement, cela revient à neutraliser près du double de ressources sans rendement, ce qui pèse sur la marge d’intermédiation. Les banques ont deux manières d’y répondre : accepter une baisse de rentabilité, ou répercuter ce coût sur la clientèle par des taux débiteurs plus élevés, des commissions renforcées ou une sélection plus stricte des dossiers.

    Dans la pratique bancaire mauritanienne, l’effet devrait se faire sentir d’abord sur les concours de court terme : financement des importations, lignes de trésorerie, découverts, crédits documentaires. Les entreprises de négoce et de distribution, très dépendantes de ces lignes, verraient leurs conditions se tendre les premières. Les PME, déjà les moins bien servies par le crédit bancaire, risquent d’être les plus exposées à un durcissement des critères d’octroi. Les ménages pourraient également rencontrer des conditions d’emprunt moins favorables, notamment pour le crédit à la consommation.

    Il faut toutefois se garder d’une lecture mécanique. Le système bancaire n’est pas homogène : la surliquidité des années 2021 et 2022 a été largement résorbée et certaines banques fonctionnent déjà avec une trésorerie tendue. Celles qui disposent d’une liquidité confortable absorberont le passage à 15 % sans réduire leurs encours. Les établissements plus contraints devront arbitrer entre crédit à l’économie et placements en bons du Trésor, ou se refinancer auprès de la BCM et sur le marché interbancaire à un coût relevé. Le resserrement peut aussi inciter les banques à mieux rémunérer les dépôts pour attirer des ressources stables, ce qui serait un gain pour les épargnants.

    Reste la question centrale : le coût de ce frein est-il justifié ? Une inflation proche de 10 % érode le pouvoir d’achat, désorganise les prix de revient et finit par dissuader l’investissement. En agissant maintenant, alors que le pic de l’été devrait progressivement refluer, la BCM préfère un ralentissement contrôlé du crédit à une installation durable des hausses de prix, qui coûterait davantage à l’activité.

    Le résultat de ce pari devra s’apprécier dans les prochains mois sur quelques indicateurs précis : le rythme de l’inflation, les taux pratiqués sur le marché interbancaire et les bons du Trésor, le coût effectif des crédits aux entreprises et aux particuliers, et l’évolution des encours de crédit au secteur privé. Si l’inflation reflue sans contraction marquée du financement, la Banque centrale aura trouvé le bon dosage. Dans le cas contraire, elle devra ajuster, dans un sens ou dans l’autre, le niveau des réserves obligatoires, qui reste son instrument le plus puissant pour agir durablement sur la liquidité bancaire.

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