À Nouakchott, les signes d’un prochain changement gouvernemental se multiplient. La séquence politique des dernières semaines, les difficultés accumulées dans plusieurs secteurs sensibles et le climat qui entoure désormais l’action de l’exécutif donnent le sentiment qu’un cycle arrive à son terme.
Un premier indice tient à la brièveté des derniers Conseils des ministres. Dans les cercles politiques, plusieurs réunions sont décrites comme particulièrement courtes, certaines autour d’une trentaine de minutes et rarement au-delà d’une heure. Leur durée n’est pas rendue publique, mais cette répétition alimente les interrogations sur le fonctionnement de l’équipe gouvernementale et sur la manière dont les principaux dossiers sont désormais traités au sommet de l’État.
Mais le sujet essentiel reste celui des résultats.
Ces derniers mois, le gouvernement a dû faire face à une succession de difficultés directement ressenties par les citoyens : coupures d’électricité, incendies de postes de la SOMELEC, perturbations des services essentiels, inondations répétées à Nouakchott et pression persistante sur le pouvoir d’achat.
La capitale concentre une grande partie de cette pression. L’État a engagé 50 milliards d’anciennes ouguiyas, soit 5 milliards MRU, dans le programme d’urgence de développement et de modernisation de Nouakchott. Pourtant, les épisodes pluvieux successifs et les images de plusieurs quartiers sous les eaux ont considérablement compliqué le discours sur la modernisation de la ville. Le contraste entre les niveaux d’exécution annoncés et ce que vivent quotidiennement les habitants devient politiquement difficile à ignorer.
L’électricité constitue un autre dossier sensible. Après les incendies ayant touché deux postes de la SOMELEC, une commission d’enquête a été chargée d’établir les circonstances, les éventuels manquements et les responsabilités. Son rapport intervient désormais dans une séquence où la question ne porte plus uniquement sur la continuité du service électrique, mais également sur la responsabilité dans la gestion d’un secteur stratégique.
Un autre front s’est ouvert autour des blogueurs et des réseaux sociaux. L’enquête en cours et les arrestations annoncées par le gouvernement interviennent dans un climat où, à Nouakchott, certains lisent derrière les affrontements numériques une lutte d’influence entre différents cercles du système. Comptes, blogueurs et relais sur les réseaux sociaux apparaissent de plus en plus comme des instruments d’affrontements qui dépassent parfois le simple débat public. Cette tension ajoute une dimension interne à une séquence politique déjà chargée.
La récente tournée de Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani dans l’Adrar et l’Inchiri intervient également à un moment particulier. Pendant plusieurs jours, le président a été directement confronté aux préoccupations liées à l’eau, aux infrastructures, aux services publics, et au développement local. Au-delà des visites et des inaugurations, cette tournée lui a permis de prendre directement la mesure des attentes et des insuffisances sur le terrain.
Le calendrier politique entre maintenant dans une nouvelle phase. La rentrée scolaire, ouverte le 5 octobre, marque traditionnellement le retour à pleine activité de l’administration. En Mauritanie, elle accompagne aussi la rentrée politique : reprise des dossiers, redéfinition des priorités et recherche d’un nouveau souffle après la période estivale.
Dans ce contexte, la question du gouvernement revient naturellement au centre du jeu. Entre l’exigence de résultats, les difficultés des services publics, la pression sur le pouvoir d’achat, le dossier SOMELEC, les tensions qui traversent l’espace politique et cette nouvelle rentrée, tous les regards se tournent désormais vers la Présidence.
Le gouvernement, la fin ? La réponse appartient désormais à Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani. Et cette réponse pourrait n’être plus qu’une question de quelques jours, voire de quelques heures.

