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    Le paradoxe mauritanien : plus de croissance, moins de pouvoir d’achat
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    L’année 2026 dessine un paradoxe inédit pour l’économie mauritanienne : la croissance réelle devrait atteindre 5,5 %, mais l’inflation moyenne grimperait à 7,5 %, contre 1,6 % en 2025. Il ne faut toutefois pas opposer mécaniquement ces deux taux : le PIB réel mesure l’augmentation du volume de production, tandis que l’inflation mesure l’évolution du coût du panier consommé par les ménages. Leur divergence révèle néanmoins une réalité sociale : l’économie produit davantage, sans que cette amélioration garantisse une progression équivalente du niveau de vie.

    Une inflation déjà visible dans les marchés

    La hausse des prix n’est plus seulement une prévision budgétaire. Selon l’ANSADE, l’inflation atteignait en juin 2026 9,2 % en glissement annuel, tandis que sa moyenne sur douze mois s’établissait à 4,4 %. Dès avril, l’indice des prix avait bondi de 3,1 % en un seul mois, sous l’effet notamment du gaz, des carburants, du transport et des produits alimentaires. Le prix du gaz avait alors augmenté de 54,3 %, celui des carburants et lubrifiants de 9,6 %, tandis que les produits alimentaires progressaient de 3,4 %. Le choc énergétique s’est donc rapidement propagé au reste de l’économie.

    Le secteur qui tire la croissance n’est pas celui qui nourrit directement les ménages

    La croissance de 2026 repose largement sur le secteur extractif, dont la production réelle progresserait de 15,6 %. À moyen terme, les activités extractives représenteraient environ 26 % du PIB nominal. Le FMI est d’ailleurs plus prudent que le gouvernement : il projette une croissance totale de 4,8 % en 2026 et un ralentissement de la croissance non extractive à 4,4 %, sous l’effet de la hausse du pétrole et du tassement de la demande. Cette divergence souligne la fragilité du scénario : la Mauritanie bénéficie de la montée en puissance du gaz et des mines, mais subit parallèlement le renchérissement de l’énergie qu’elle importe et consomme.

    La croissance extractive améliore les exportations, le PIB et les recettes publiques, mais ses effets sont moins immédiats sur l’emploi, les salaires et les revenus quotidiens. À l’inverse, l’inflation frappe directement les ménages, notamment parce que l’alimentation représente plus de la moitié du panier utilisé par l’ANSADE pour mesurer les prix. Le contraste entre les indicateurs macroéconomiques et le ressenti de la population n’est donc pas contradictoire : il traduit une croissance encore insuffisamment diffusée dans l’économie domestique.

    L’État absorbe le choc, mais au prix d’un arbitrage budgétaire

    Pour éviter une transmission complète de la hausse internationale, le gouvernement porte les transferts courants de 14 à 23,8 milliards MRU. La subvention des produits pétroliers passe de 2,9 à 6,82 milliards MRU, tandis qu’un milliard supplémentaire est accordé à la SOMELEC. Les programmes de transferts sociaux sont également renforcés.

    Cette réponse est rendue possible par la révision à la hausse des recettes publiques, désormais attendues à 139,52 milliards MRU, soit 10,73 milliards de plus que dans le budget initial. Le déficit global serait ainsi ramené à 0,82 milliard MRU. Mais derrière cet équilibre, les dépenses courantes progressent de plus de 10 milliards MRU, tandis que les investissements diminuent de 1,86 milliard. Surtout, le déficit primaire non extractif se creuse à 22,18 milliards MRU, soit 4 % du PIB : autrement dit, l’équilibre budgétaire dépend de plus en plus des revenus extractifs.

    Le véritable risque se situe en 2027

    Le scénario officiel suppose que le choc sera temporaire : l’inflation devrait retomber à 3,3 % en 2027 et les subventions et transferts baisser de 25,7 à 16,2 milliards MRU. Si les prix internationaux restent durablement élevés, cette sortie deviendra difficile : maintenir les subventions pèserait sur les finances publiques, mais les réduire trop rapidement transmettrait directement le choc aux consommateurs.

    L’enjeu dépasse donc la simple maîtrise de l’inflation. Il consiste à utiliser les recettes du gaz et des mines pour réduire la dépendance aux importations énergétiques, développer les transports collectifs, renforcer la production alimentaire et soutenir de manière transparente les ménages réellement vulnérables. Le test économique de 2026 ne sera pas seulement de produire plus, mais de transformer cette croissance en pouvoir d’achat durable.

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