La flambée des cours mondiaux du pétrole et des produits raffinés place la Mauritanie devant la perspective d’une nouvelle révision à la hausse des prix des carburants. Aucune décision n’a été annoncée à ce stade, mais le mécanisme de tarification en vigueur depuis le 1er février 2026 prévoit précisément la répercussion des variations internationales sur les prix intérieurs.
Le pays importe l’intégralité de son gasoil, de son essence et de son fuel. Ce sont donc les cotations des produits raffinés, et non celles du brut, qui déterminent directement le coût des cargaisons livrées à Nouakchott. Or ces cotations ont fortement progressé en septembre, dans un contexte de perturbations sur l’offre au Moyen-Orient et en Libye, et les contrats à terme sur le gasoil ont bondi de 6 % mardi 15 septembre à New York, une journée où le baril est revenu à des niveaux inédits depuis le mois de mai.
La dernière révision des prix à la pompe remonte au début du mois de juin, lorsque la Commission nationale des hydrocarbures avait porté le litre de gasoil à 62,13 ouguiyas et celui de l’essence à 65,02 ouguiyas à Nouakchott. Il s’agissait alors de la quatrième augmentation en trois mois, après celles de février, de mars et du 31 mars, une séquence qui avait suscité de vives critiques de l’opposition, laquelle dénonçait notamment la prolongation sans nouvel appel d’offres du contrat d’Addax Energy, filiale du suisse Oryx Energy, qui domine l’approvisionnement du pays en hydrocarbures depuis une dizaine d’années. Les prix sont restés inchangés depuis, dans une période de relative accalmie des marchés.
Cette accalmie est désormais terminée. Si l’État maintient les tarifs actuels, l’écart entre le prix d’achat des cargaisons et le prix de vente administré se creusera, et la charge sera supportée par le budget. Lors de la révision du 1er avril, le gouvernement chiffrait déjà la subvention à 282 anciennes ouguiyas par litre de gasoil et à 88 par litre d’essence, pour une enveloppe annuelle d’environ 150 milliards d’anciennes ouguiyas, soit près de 12 % du budget national. Avec des produits pétroliers durablement chers, ce coût ne peut que s’alourdir. Si, à l’inverse, l’État applique le mécanisme de répercussion, la hausse atteindra les stations-service, puis les transports, les prix des denrées et le pouvoir d’achat des ménages.
Le gouvernement se trouve donc face au même arbitrage qu’au printemps : protéger les consommateurs au prix d’un dérapage budgétaire, ou laisser passer la hausse en activant le dispositif de compensation ciblé prévu par la réforme. Le calendrier ajoute une contrainte supplémentaire. L’appel d’offres international pour l’approvisionnement du marché national en produits pétroliers, dont les offres sont attendues le 15 octobre pour une prise d’effet le 3 décembre, sera évalué sur la base de primes négociées dans un marché tendu, ce qui pourrait peser sur le coût d’importation du prochain semestre.

