Quelques mois après avoir contribué à l’élection de Sidi Ould Tah à la présidence de la Banque africaine de développement (BAD), Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani se retrouve face à un nouveau test de son influence internationale. Cette fois, l’enjeu est de taille : faire élire Ismaïl Ould Cheikh Ahmed au poste de secrétaire général de l’Organisation de la coopération islamique (OCI).
La comparaison avec la BAD n’est pas anodine. L’élection de Sidi Ould Tah a démontré que la diplomatie mauritanienne était capable de construire une coalition dépassant largement ses alliances traditionnelles. L’OCI représente toutefois un défi d’une autre nature : 57 États membres, des équilibres entre Afrique, monde arabe et Asie musulmane, et des négociations souvent plus discrètes.
Pour autant, la Mauritanie n’aborde pas cette échéance sans arguments.
Premier atout : l’Union africaine a officiellement endossé la candidature d’Ismaïl Ould Cheikh Ahmed pour le mandat 2027-2032. Ce soutien confère au candidat mauritanien une légitimité continentale et réduit, à ce stade, le risque d’une dispersion des voix africaines.
Deuxième atout : le profil du candidat. Ancien ministre des Affaires étrangères, Ismaïl Ould Cheikh Ahmed possède une carrière diplomatique dense. Aux Nations unies, il a dirigé la Mission des Nations unies pour l’action d’urgence contre Ebola, coordonnant la réponse internationale à l’une des crises sanitaires les plus sensibles de la dernière décennie. Il a ensuite été nommé envoyé spécial du Secrétaire général de l’ONU pour le Yémen, où il a conduit les efforts de médiation dans l’un des conflits les plus complexes du Moyen-Orient.
Cette double expérience, humanitaire et diplomatique, lui donne une crédibilité rare. Sa connaissance du monde arabe et ses relations dans le Golfe, notamment avec l’Arabie saoudite, constituent également un avantage stratégique dans une organisation dont le siège est à Djeddah.
Reste le facteur Ghazouani. Depuis son arrivée au pouvoir, le président mauritanien a progressivement renforcé le positionnement diplomatique de son pays. Son passage à la présidence de l’Union africaine, la stabilité de sa politique étrangère et les relations consolidées avec plusieurs capitales africaines et arabes constituent aujourd’hui un capital politique qu’il cherche à convertir en influence institutionnelle.
La question est donc moins de savoir si Ismaïl Ould Cheikh Ahmed possède les compétences requises que de mesurer la capacité de Ghazouani à reproduire le scénario victorieux de la BAD.
À ce jour, aucun concurrent officiel n’a publiquement déclaré sa candidature. Cette absence de rival offre à Nouakchott une fenêtre précieuse. Plus le temps passe sans candidature alternative, plus le candidat mauritanien renforce son image de candidat de consensus. Mais cette avance reste fragile : dans les organisations internationales, une candidature de dernière minute soutenue par une puissance régionale peut rapidement rebattre les cartes.

