La récente mission d’évaluation des sauvegardes du Fonds monétaire international (FMI) à la Banque centrale de Mauritanie (BCM), intervenue quelques jours après l’approbation d’un nouveau programme de quarante-deux mois, illustre l’importance du partenariat entre les deux institutions. Consacrée aux mécanismes de contrôle interne, d’audit, de gestion des risques et de transparence de la Banque centrale, elle accompagne un programme destiné à consolider les équilibres macroéconomiques du pays.
Reposant sur la Facilité élargie de crédit (FEC), le Mécanisme élargi de crédit (MEDC) et la Facilité pour la résilience et la durabilité (FRD), ce programme poursuit des objectifs essentiels : préserver les réserves de change, renforcer la discipline budgétaire, moderniser la politique monétaire, améliorer la gouvernance, soutenir le secteur privé et protéger les dépenses sociales prioritaires.
Ces réformes sont indispensables. Mais elles répondent à une question différente de celle du développement. Elles créent un environnement macroéconomique stable ; elles ne déterminent pas, à elles seules, la capacité d’un pays à produire davantage de richesses.
L’expérience internationale est constante. Les pays qui ont durablement décollé ne l’ont pas fait grâce aux seuls équilibres macroéconomiques, mais parce qu’ils ont construit une économie productive. Le Cambodge y est parvenu grâce au textile et aux investissements étrangers. L’Ouganda a retrouvé la stabilité sans transformer profondément son appareil productif, tandis que le Ghana a vu resurgir ses déséquilibres malgré plusieurs programmes du FMI. La même conclusion s’impose : la stabilité est une condition du développement, jamais son substitut.
Pour la Mauritanie, l’enjeu est désormais ailleurs. Le pays dispose d’atouts considérables. La question n’est plus de savoir s’il possède des ressources, mais comment les convertir en richesse nationale.
Cette ambition suppose un investissement soutenu dans le capital humain. Une école performante, une formation professionnelle adaptée, un enseignement supérieur de qualité, un système de santé efficace et une administration compétente constituent les véritables infrastructures du développement. Les dépenses qui leur sont consacrées ne relèvent pas seulement de la consommation publique ; elles préparent la productivité future du pays.
Encore faut-il que l’État sache exécuter. La Mauritanie ne manque ni de stratégies ni de plans. Ce qui fait souvent défaut, c’est leur mise en œuvre. Une administration se juge moins à la qualité de ses diagnostics qu’à sa capacité à conduire les projets jusqu’à leur terme, dans les délais et avec des résultats mesurables.
Cette logique doit également guider le financement et la fiscalité. Le crédit doit privilégier les secteurs créateurs de valeur — industrie, agriculture moderne, logistique, transformation halieutique, énergie et numérique — tandis que la politique fiscale doit élargir son assiette, simplifier les procédures et encourager l’investissement productif, plutôt que d’accroître continuellement la charge pesant sur les mêmes contribuables.
Le FMI peut aider la Mauritanie à préserver sa stabilité financière. Il ne développera pas son économie. Cette responsabilité appartient aux Mauritaniens.
La stabilité macroéconomique n’est donc pas une fin en soi. Elle n’a de sens que si elle devient le socle d’une économie plus productive, plus diversifiée et capable de créer durablement de la richesse.
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Mohamed El Mokhtar Sidi Haiba est analyste politique, avec un intérêt particulier pour les dynamiques géopolitiques et les imaginaires postcoloniaux en Afrique et au Moyen-Orient.

