Puisqu’il faut toujours essayer de positiver, les incidents majeurs qui ont récemment affecté le système électrique de Nouakchott doivent au moins nous permettre d’en tirer des enseignements décisifs, à plusieurs niveaux.
D’abord, au niveau de l’État. Ces incidents ont montré, de manière autrement plus convaincante que les rapports de la SOMELEC, pourtant souvent alarmants, ce que peut coûter la fragilité d’un système électrique lorsque les investissements ne suivent pas ou, plutôt, ne précédent l’évolution de la demande, de l’urbanisation et des usages.
Parfois, on ne mesure véritablement la vulnérabilité d’un réseau que lorsqu’un équipement majeur fait défaut et entraîne avec lui une partie importante du système. Si des capacités de redondance suffisantes avaient été disponibles, de simples manœuvres auraient permis de contourner les ouvrages sinistrés et d’alimenter les usagers à travers d’autres infrastructures.
Ces incendies devraient donc brûler les dernières réticences devant l’engagement d’investissements majeurs dans l’ensemble de la chaîne électrique. Cela concerne en premier lieu les réseaux de distribution, dont les insuffisances deviennent particulièrement visibles à Nouakchott, mais également le transport et la production, même si ces deux derniers segments bénéficient d’investissements considérables en cours d’exécution.
L’énergie doit toujours être à l’avant-garde du développement et non courir désespérément derrière lui. Il faut anticiper les besoins au lieu d’attendre que les déficits apparaissent pour tenter ensuite de les combler dans l’urgence. Un plan directeur détaillé à l’horizon 2050 existe déjà, encore faut-il que la programmation des investissements et leur réalisation s’inscrivent effectivement dans cette vision de long terme.
Ensuite, ces événements doivent également interpeller les usagers. On ne peut pas réclamer un service électrique toujours plus fiable et de meilleure qualité alors qu’une partie des consommateurs rechignent à s’acquitter régulièrement de leurs factures, tandis que d’autres, malheureusement nombreux, recourent à des branchements ou à des manipulations frauduleuses et, pire encore, se permettent de gaspiller l’énergie puisqu’ils ne la paient pas. C’est le comble de l’irresponsabilité. L’opérateur doit disposer des moyens financiers nécessaires pour lui permettre d’assurer l’exploitation et la maintenance des infrastructures, d’autant plus que les tarifs appliqués ne reflètent pas les coûts réels de l’électricité dans notre pays.
Enfin, et j’aurais peut-être dû commencer par eux, il y a le personnel de la SOMELEC, agents d’exécution et encadrement, qui mesurent mieux que quiconque la fragilité du système et les conséquences que peut avoir la défaillance d’un seul équipement critique.Ils savent aussi qu’en cas de rupture du service, c’est vers eux que se tournent immédiatement les critiques et souvent les injures, même lorsque l’origine de l’incident ne relève pas directement de leur responsabilité.
Cette réalité leur impose une exigence particulière : renforcer la maintenance préventive, la surveillance des installations, l’anticipation des risques, la préparation aux situations de crise et la rapidité d’intervention. Lorsque le système est fragile, la qualité de l’exploitation et de la maintenance devient encore plus déterminante.
Mais il faut également être juste avec ceux-là : on ne peut demander durablement aux hommes de compenser, par leur disponibilité et leurs efforts, les insuffisances structurelles des équipements. Le dévouement du personnel est indispensable, mais il ne peut remplacer les investissements nécessaires.
Au fond, ces incidents rappellent une vérité simple : le service électrique est une responsabilité partagée. À l’État revient la responsabilité de prévoir, de financer et d’organiser le développement du système ; à la SOMELEC, celle d’exploiter, d’entretenir et de sécuriser au mieux les infrastructures ; aux usagers, celle de payer l’énergie qu’ils consomment, de respecter les installations et d’éviter le gaspillage.
Si les événements de ces derniers jours, malgré l’ampleur des dégâts provoqués, permettront de faire progresser cette prise de conscience collective et, surtout, de transformer les constats en décisions, alors, effectivement, à quelque chose malheur aura été bon.
Dahane TALEB ETHMANE

