La question de la privatisation de la SOMELEC et de la SNDE est parfois avancée comme une solution pour améliorer la maîtrise des services d’eau et d’électricité dans le pays. Voici mon point de vue :
Effectivement, il faut envisager toutes les pistes possibles pour parvenir à une meilleure maîtrise de ces deux services fondamentaux et qu’il faut maîtriser en priorité. À première vue, cette option paraît intéressante. Mais il ne faudrait pas s’y engager dans la précipitation, sous la pression conjuguée de la soif et de l’obscurité.
Pour pousser cette logique jusqu’au bout, je dirais même que l’État pourrait céder au secteur privé, à l’ouguiya symbolique, ces deux sociétés avec l’ensemble de leurs patrimoines : centrales et réseaux électriques, forages, adductions, équipements, parcs automobiles, bâtiments, etc…
Il transférerait ainsi au repreneur éventuel des actifs représentant une valeur de plusieurs centaines de milliards, mais en maintenant les deux principales obligations qui s’imposent aujourd’hui à ces sociétés : le maintien des tarifs actuels et la satisfaction, dans la durée, des besoins croissants des usagers.
Or, après avoir fait ses calculs, aucun homme d’affaires averti n’accepterait une telle offre. Il comprendrait très vite que, derrière l’apparence d’une occasion exceptionnelle, se cache en réalité un cadeau empoisonné puisqu’il devra faire face immédiatement à des déficits financiers énormes qui le conduiront rapidement à la faillite.
Pour rappel, l’État a même déjà essayé concrètement cette solution en lançant en 2001 un appel d’offres international pour la privatisation de l’activité Électricité. C’est dans cette optique qu’il avait dû scinder l’ancienne Sonelec en deux entités distinctes. Le résultat fut décevant malgré les encouragements concédés et le contexte favorable à cette époque où les ouvrages hydroélectrique de Manantali venaient d’être mis en service. Finalement, l’appel d’offres fut déclaré infructueux, l’unique offre reçue ayant été jugée trop faible. L’absence de concurrence fut également invoquée. Il semble toutefois que des considérations liées à la souveraineté aient aussi pesé dans la décision, l’offre en question émanant d’une institution publique d’un pays voisin.
En réalité, la solution n’a rien de sorcier. Elle réside dans le lancement de projets structurants et d’envergure, loin des demi-mesures et de la navigation à vue. Elle passe par une augmentation significative des capacités de production, de manière à couvrir durablement les besoins à moyen et à long terme, par la diversification du mix énergétique et l’intégration massive des énergies renouvelables, mais aussi par le renforcement et la modernisation des réseaux de distribution. Elle suppose également le développement des lignes de transport à haute tension, afin d’interconnecter les zones de production et de consommation, de mutualiser les moyens, d’optimiser l’utilisation des capacités disponibles et de renforcer la sécurité du système électrique. À cela doit s’ajouter l’encouragement de l’investissement privé, dans un cadre clair, stable et attractif.
Je crois que les grands chantiers déjà engagés par les pouvoirs publics vont précisément dans ce sens et sont de nature à apporter, à terme, une réponse durable aux problèmes de qualité, de continuité et de coût du service d’électricité. Encore faut-il que ces investissements s’accompagnent d’un renforcement réel des compétences, d’une meilleure gouvernance et d’une exigence accrue de performance et de responsabilité.
Dahane TALEB ETHMANE

